
Le vendredi 8 octobre 2021, à Canteleu, en banlieue de Rouen, un événement inattendu s’est produit. Trois agents en civil sonnent à la porte de Mélanie Boulanger, maire PS de cette commune de 14 000 habitants, et l’informent qu’elle est placée en garde à vue pour une affaire de trafic de drogue. Ce coup de filet est le résultat d’une enquête complexe sur un réseau de narcotrafic qui met à jour les interconnexions entre des élus et le monde de la drogue. Instinctivement, Mélanie s’interroge : « C’est une caméra cachée ? » Perdue au milieu de cette situation rocambolesque, elle ne réalise pas encore l’ampleur des accusations qui pèsent sur elle ni les conséquences pour sa famille.
Les nouvelles de son arrestation se répandent rapidement, et sa fille de 12 ans, en sortant de l’école, apprend que sa mère est emprisonnée. La réalité est tout autre : à peine deux jours après son arrestation, Mélanie Boulanger revient libre, mais cette affaire est loin d’être close. La suite de son histoire la met face à un long processus judiciaire, une lutte pour son innocence et une résilience hors du commun.
EN BREF
- Mélanie Boulanger, maire de Canteleu, a été placée en garde à vue en octobre 2021 pour trafic de drogue.
- Le procès, qui s’est terminé en juillet 2024, a conduit à sa relaxe après 38 mois d’angoisse.
- Elle se reconstruit aujourd’hui en tant que directrice des sports et de la vie associative à Val-de-Reuil.
Un procès sous haute tension
Le 4 juillet 2024, au tribunal de Bobigny, le procès de Mélanie Boulanger atteint son paroxysme. Accusée de complicité dans un trafic international de stupéfiants, elle se trouve au cœur d’une affaire impliquant les frères Aziz et Montacer Meziani, soupçonnés d’avoir écoulé cocaïne et héroïne sur plusieurs régions. Les débats sont tendus, et les réquisitions du parquet sont sévères : un an de prison avec sursis, cinq ans d’inéligibilité et 10 000 euros d’amende.
Mélanie, alors en pleine tourmente, doit écouter le verdict de ses co-prévenus avant de connaître le sien. Finalement, elle est relaxée, car « aucun acte positif » n’a été prouvé en faveur des trafiquants. À ce moment-là, un mélange de soulagement et de fatigue l’envahit. « Épuisée. Mais heureuse car je suis libre », confie-t-elle, le cœur encore lourd de ces accusations injustes.
Un combat pour rétablir la vérité
Le parcours de Mélanie ne s’arrête pas là. Après un appel du parquet, elle doit faire face à une nouvelle incertitude jusqu’à ce que la décision soit annulée en décembre 2024. Durant ces 38 mois de cauchemar, elle est devenue le symbole d’élus locaux luttant contre le narcotrafic, une réalité qui gangrène de nombreuses villes françaises. « Les gens ne réalisent pas à quel point ce trafic peut infiltrer nos collectivités », déclare-t-elle.
Son récit est empreint d’une profonde injustice et d’un combat pour sa dignité. Dans des moments de désespoir, elle se souvient d’une conversation avec sa fille : « Il faut se retrousser les manches ». Ce soutien familial joue un rôle prépondérant dans sa résilience, alors qu’elle doit également naviguer à travers des rumeurs et des insinuations peu flatteuses.
Une reconstruction en cours
Après cette tempête médiatique et judiciaire, Mélanie Boulanger se reconstruit. En décembre 2022, elle rejoint la mairie de Val-de-Reuil en tant que directrice des sports et de la vie associative, un nouveau départ après son rôle en tant qu’élue. Bien qu’elle soit épuisée par cette épreuve, elle a retrouvé une certaine sérénité.
Elle évoque aussi sa relation avec son mari, maire du Grand-Quevilly, et sa fille, qui est maintenant lycéenne. “Je dois faire face à la réalité, mais je sais que je ne suis pas seule”, confie-t-elle, soulignant l’importance du soutien familial durant cette période difficile. « J’ai commencé à écrire un livre pour partager mon histoire, parce que j’en ai besoin », ajoute-t-elle, prouvant ainsi sa détermination à faire entendre sa voix.
Mélanie Boulanger, en évoquant cet épisode douloureux de sa vie, rappelle l’importance de la vérité face à l’adversité. À travers ce récit, elle incarne non seulement la lutte d’une élue mais aussi celle de toutes les personnes confrontées à l’injustice. Sa force de caractère et sa résilience doivent rappeler à chacun l’importance du dialogue, de la vérité et d’une société plus juste.

