De Gaulle, Mitterrand et le « Kennedy français » : retour sur la présidentielle de 1965

  • décembre 19, 2025
  • 1457 Vues

Le 22 août 1962, la vie politique française est bouleversée par l’attentat du Petit-Clamart, lorsque des membres de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) mitraillent la voiture du général de Gaulle, considéré comme un « traître » par ceux qui défendent l’Algérie française. Cet événement, qui ne coûtera pas la vie au chef de l’État, le plonge néanmoins dans une profonde réflexion quant à la légitimité de son pouvoir. Une semaine plus tard, en réponse à la menace perçue sur la Ve République, il propose un référendum visant à instituer l’élection du Président de la République au suffrage universel direct.

EN BREF

  • L’attentat du Petit-Clamart a été un tournant déterminant pour Charles de Gaulle et la constitution de la Ve République.
  • Le référendum de 1962 a vu 62% des Français soutenir l’élection du Président au suffrage universel direct.
  • Les impulsions modernes des campagnes présidentielles ont émergé lors de l’élection de 1965, transformant le paysage politique.

Cette proposition ne rencontre pas un accueil chaleureux de la part des parlementaires, qui craignent une concentration excessive des pouvoirs entre les mains du Président. En effet, cette idée remet en question l’équilibre des institutions françaises. Mais de Gaulle, déterminé, fait face à l’opposition. Après une première motion de censure et la dissolution de l’Assemblée, il obtient finalement le soutien populaire lors du référendum d’octobre 1962, avec 62 % de voix en faveur de sa réforme. Ce moment marque alors une étape clé dans l’affirmation de son autorité.

Résultats du référendum de 1962
Les résultats du référendum du 28 octobre 1962, qui a modifié l’article 6 de la Constitution pour élire le président de la République au suffrage universel direct.

Un tournant décisif : les élections de 1965

La première élection présidentielle sous ce nouveau régime se déroule en décembre 1965. Alors que le pays traverse des changements sociopolitiques majeurs, de Gaulle, perçu jadis comme un sauveur, doit maintenant faire face à une opposition grandissante. L’élection s’annonce difficile, et la campagne, qui dévoile un paysage politique éclatant de diversité, remet en question l’image monolithique du général.

Jean-Louis Tixier-Vignancour, représentant l’extrême droite et ancien avocat de l’OAS, est le premier à se porter candidat, tandis qu’une figure centrale, Pierre Marcilhacy, du centre-droit, peine à se faire entendre. Face à eux, Jean Lecanuet, un centriste qui se prend pour le « Kennedy français », mise sur sa jeunesse et des méthodes de communication modernes. Il s’arroge le soutien d’un public qui aspire à du renouveau. Quant à François Mitterrand, le candidat de la gauche, il est perçu comme une figure du passé, malgré sa puissance de contestation. Pour la première fois, les Français s’interrogent sur l’avenir de leur démocratie.

François Mitterrand en campagne
François Mitterrand, candidat de la gauche, fait face à un défi sans précédent face à la télévision, qui émerge comme le nouveau moyen de communication essentiel en politique.

La télévision et la campagne présidentielle

La campagne de 1965 se distingue par l’introduction de la télévision comme un acteur incontournable. Avec près de six millions de postes dans les foyers, les candidats doivent désormais s’adapter à cet outil. Les Français découvrent les candidats via de longues interventions à l’ORTF, un système de radiodiffusion sous contrôle gouvernemental. L’implication directe des téléspectateurs dans le processus électoral change les règles du jeu. François Mitterrand, tout en étant un habitué de la scène politique, éprouve des difficultés à trouver ses repères devant la caméra, contrastant avec le charisme de ses adversaires.

débat télévisé
Le duo d’acteurs comiques Roger Pierre et Jean-Marc Thibault émettant dans leur bureau de vote, une image qui illustre l’engouement médiatique autour des élections.

Pour de Gaulle, l’élection ne se passe pas comme prévu. Le résultat du premier tour le laisse en ballottage. Avec 44,65 % des suffrages, il est contraint à faire campagne, un véritable changement de stratégie. Aux derniers instants, il apparaîtra à l’écran pour tenter de redresser la barre. Finalement, il parvient à se faire réélire avec 55,2 %, bien que son second mandat ne durera pas long. Depuis cette réforme, l’élection présidentielle devient une échéance centrale de la vie politique française, où la tension et la stratégie prennent un sens nouveau.

De Gaulle durant la campagne
Charles de Gaulle, au palais des sports de Paris, s’adressant à ses partisans à travers un écran géant le soir des résultats.

La transformation des campagnes électorales, l’essor de la télévision et la volonté de décentraliser le pouvoir présidentiel ont redéfini le paysage politique français, dont les impacts résonnent encore aujourd’hui. Les élections ne sont plus seulement une formalité ; elles deviennent un véritable spectacle, une pièce politique où chaque acteur doit maîtriser son image, pour conquérir le cœur des électeurs.