Franz-Olivier Giesbert : « 2026 s’annonce encore plus difficile, et la suite inquiète »

  • décembre 24, 2025
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Paris Match. Nous nous tenons devant la statue du général de Gaulle, majestueusement élevée en bas des Champs-Élysées, à Paris. À l’occasion des soixante ans de l’élection présidentielle au suffrage universel, une question se pose : tout cela n’est-il pas finalement de sa faute? Alors que les regards se tournent vers le prochain scrutin, ne faudrait-il pas réfléchir à un héritage qui pourrait avoir placé la barre trop haut ?

EN BREF

  • Le général de Gaulle a été un acteur clé pour la stabilisation de la France dans les années 1950.
  • Des enjeux économiques et politiques se posent, notamment la charge de la dette prévue en 2029.
  • La politique actuelle manque de leaders charismatiques, et les solutions adoptées semblent inefficaces.

Franz-Olivier Giesbert, commentateur avisé, évoque ici le bilan impressionnant de de Gaulle. En effet, celui-ci a porté la France vers une croissance robuste de 5 à 6 % par an après l’instabilité des années antérieures. En 1958, dix-huit ans après son célèbre appel du 18 juin, il a réussi à sortir le pays d’une guerre civile imminente et d’une déroute financière qui évoque certaines des difficultés rencontrées aujourd’hui, alors même que l’inflation atteignait les 15 %. En quelques mois, il a redressé la situation.

André Malraux rapportait que le général avait porté le cadavre de la France en convainquant le monde qu’elle était vivante. Mais une question se pose : comment une puissance perçue comme moyenne peut-elle maintenir durablement un statut de grande puissance ? La réponse, selon Giesbert, pourrait résider dans un modèle économique rigoureux, similaire à ce que nous étions sous de Gaulle. Il plaide pour un retour à un sens de l’intérêt général, alors que notre société semble aujourd’hui atteinte par le nihilisme, l’individualisme et le communautarisme, accentués par certains discours politiques contemporains, comme ceux de Thomas Piketty ou Gabriel Zucman.

Le Mythe de l’Homme Providentiel

Nous continuons à nourrir le mythe de l’homme providentiel, souvent illusoire. Quand les Français réaliseront-ils que pour redresser leur pays, il ne suffit pas d’élire un héros charismatique? Giesbert évoque Margaret Thatcher, décrite comme une « petite-bourgeoise étriquée », qui a su redresser le Royaume-Uni, à l’inverse d’un Gerhard Schröder, par ailleurs un fêtard, qui a également transformé l’Allemagne. Des leaders contemporains, comme Mette Frederiksen au Danemark ou Giorgia Meloni en Italie, illustrent une nouvelle façon de gouverner, axée sur le courage, la volonté et des réponses directes aux problèmes de leurs nations.

Sur le plan économique, Giesbert exprime une inquiétude croissante : en 2029, la charge de la dette pourrait atteindre 100 milliards d’euros par an, sans que des mesures ne soient prises pour y remédier. Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, la France semble glisser vers une crise politique et économique, où les députés ont souvent privilégié des solutions qui échouent. Plutôt que de chercher à réduire les dépenses, l’orientation actuelle privilégie l’augmentation des prélèvements, une issue désastreuse à long terme.

Une Politique en Quête de Personnages

Dans un récent ouvrage intitulé « Voyage dans la France d’avant », Giesbert souligne une vraie problématique : la politique actuelle semble manquer de figures marquantes. Il rappelle que dans les années 70, des acteurs politiques heroïques occupaient le Palais-Bourbon. Aujourd’hui, derrière une apparente uniformité, certains maires comme Stéphen Le Foll ou Robert Ménard continuent à faire entendre leur voix vigoureuse, mais ils semblent souvent passer inaperçus sur la scène nationale.

Quant à son analyse du gouvernement actuellement mené par Sébastien Lecornu, Giesbert n’hésite pas à qualifier son action de limitée, au vu de l’absence de majorité qui restreint sa capacité d’action. Lecornu, malgré ses talents indéniables, ne peut que naviguer dans un océan de difficultés, un peu comme un emplâtre sur une jambe de bois, cherchant à maintenir la cohésion tout en s’efforçant de préserver une certaine survie pour le président.

La perspective qui se dessine pour 2026 pourrait s’avérer fascinante. Après les élections municipales, une véritable campagne présidentielle se profile, et le paysage politique pourrait être marqué par un regain de force du Rassemblement National. Bien que rien ne soit certain, il semble que la dynamique en faveur de ce parti risque de gagner en intensité, l’opposition actuelle ne parvenant pas à rassurer les électeurs.

La nostalgie teinte le récit de Giesbert, qui se souvient d’une France plus rayonnante, où la culture populaire tissait des liens entre les classes sociales. Aujourd’hui, la fragmentation semble être le mot d’ordre, et les héros du passé laissent place à des références communautaires qui, selon lui, minent l’idée même d’une culture française unificatrice. Sa réflexion nous pousse à interroger notre identité, notre cohésion nationale, dans un monde où les chansons ne réussissent plus à rassembler.