« Pierre Moscovici défend la transparence à la Cour des comptes : “Nous ne cachons rien !” »

  • décembre 17, 2025
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Pierre Moscovici : un regard sur l’avenir après la Cour des comptes

Pierre Moscovici, actuel Premier président de la Cour des comptes, s’apprête à quitter ses fonctions au terme d’une carrière de plus de 40 ans au service de cette institution. Dans une récente interview, il livre des réflexions sur ses années passées au sein de la Cour, l’importance de sa mission et les défis qui attendent les prochaines générations de dirigeants.

EN BREF

  • Pierre Moscovici souligne l’importance d’une Cour des comptes moderne et transparente.
  • Au cours de son mandat, le nombre de rapports publiés est passé de 1 à 35 par an.
  • Il évoque les défis de la représentation des femmes et des minorités au sein de l’institution.

La Cour des comptes, bien plus qu’un simple organe de contrôle, se veut un phare d’intégrité dans un paysage politique parfois obscurci par les informations erronées. Pierre Moscovici décrit son rôle : « Dans une époque saturée de fake news, disposer d’analyses objectives produites par des femmes et des hommes indépendants est essentiel ». Son parcours au sein de la Cour, débuté en tant qu’auditeur en 1984, imprègne ses propos d’une gravité empreinte de nostalgie.

Depuis près de quatre décennies, l’institution a considérablement évolué sous sa direction. “Lorsque je suis revenu en 2020, la Cour publiait 35 rapports thématiques par an”, précise Moscovici. Aujourd’hui, près de 90 % des rapports sont accessibles au public, un changement de culture important pour encourager la transparence et renforcer le débat public. La Cour, comme il le dit, est devenue un acteur quotidien du débat public.

La mise en place d’une plateforme citoyenne, permettant aux citoyens de soumettre des sujets de contrôle, illustre cette volonté d’ouverture. Environ 10 propositions sont choisies chaque année, touchant à des enjeux cruciaux tels que l’égalité femmes-hommes ou la lutte contre la corruption. Cette initiative vise à rapprocher la Cour des préoccupations des citoyens, pour rendre la gouvernance plus responsable et réactive.

Un autre aspect fondamental de la modernisation de la Cour a été son engagement envers la parité. Bien qu’elle ait enregistré des progrès significatifs en augmentant la représentativité des femmes, surtout parmi le personnel, des défis demeurent. Juste 30 % des magistrats sont des femmes, un objectif de 40 % fixé par la loi Sauvadet reste encore à atteindre. « Nous devons faire de la Cour une institution qui reflète la diversité de la société française », insiste-t-il, une vision qui va au-delà des simples statistiques.

Les débats autour de l’impartialité de la Cour sont également évoqués, notamment lors du report de la publication de certains rapports jugés sensibles. Moscovici défend ses choix, expliquant que le report était une décision tactique pour éviter d’enflammer des débats politiques déjà tendus. « Nous ne faisons plaisir à personne, nous n’obéissons à personne », souligne-t-il, réaffirmant l’indépendance de l’institution.

La cynique perception de l’utilité de la Cour des comptes dans un climat de dépenses publiques croissantes et de dettes infinies est une autre question délicate. Moscovici admet la frustration des citoyens face à des recommandations souvent ignorées. « Notre rôle est celui d’une vigie, avertissant des dérives sans pouvoir les stopper », affirme-t-il, rappelant que la prise de conscience de la dette publique s’est intensifiée, un indicateur des changements dans l’opinion publique.

La montée des populismes en Europe ajoute une autre couche de complexité à son analyse. Moscovici dépeint un paysage politique où l’extrême droite prend de l’ampleur dans plusieurs pays européens, un phénomène qu’il attribue à la désillusion généralisée envers les partis traditionnels. « Pour battre le populisme, le front républicain ne suffit plus », conclut-il, pointant un besoin urgent de réinventer la démocratie et l’engagement citoyen.

La politique ayant toujours été une passion pour lui, Moscovici se dirige désormais vers de nouveaux horizons. Son envie de contribuer à des réflexions profondes sur l’avenir de la France se manifeste par l’éventualité d’un livre, pas de mémoires, mais un partage de ses réflexions sur les enjeux contemporains. Une transition qui devrait séduire de nombreux observateurs attentifs de la politique française. À quelques semaines de son départ, il prépare le terrain pour son successeur, appelant à un renouveau d’engagement au sein de la Cour des comptes et, au-delà, de la vie politique française.