« Si Valéry Giscard d’Estaing avait remporté la présidentielle de 1981, que serait-il arrivé ? »

  • décembre 30, 2025
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Le 10 mai 1981, à 19 heures, un air de tension flottait sur le Palais de l’Élysée. Valéry Giscard d’Estaing attendait dans son bureau le dénouement du second tour de l’élection présidentielle, en écoutant les nouvelles sur son transistor. Son fidèle complice, Michel Poniatowski, a appelé pour lui apporter les résultats tant attendus.

EN BREF

  • Valéry Giscard d’Estaing est réélu président de la République française avec 51 % des voix.
  • Le second tour est marqué par une campagne tendue et des attaques virulentes, notamment envers François Mitterrand.
  • Les révélations de l’affaire Papon ternissent la réputation de Mitterrand juste avant le débat télévisé décisif.

Face à cette attente, Giscard ne pouvait s’empêcher de ressentir un mélange de soulagement et d’appréhension. Craignant la montée d’une gauche radicale associée à Mitterrand et aux communistes, il ne souhaitait pas voir le programme socialiste, qui prône la semaine de 35 heures, la retraite à 60 ans et la hausse du SMIC, se concrétiser.

Lors d’un échange pré-électoral avec Poniatowski, une photo compromettante de Mitterrand, prise avec le maréchal Pétain, est évoquée. Giscard se montrait réticent à l’utiliser, préférant une campagne basée sur des valeurs positives plutôt que sur des attaques personnelles. Toutefois, la pression croissante de son équipe et le spectre d’une défaite le poussaient à reconsidérer sa position.

La campagne, marquée par des sondages fluctuants, révélait une concurrence serrée. Au premier tour, Giscard avait obtenu 28 % des voix, suivi de près par Mitterrand à 26 %. Les rapports de voix entre les différentes tendances politiques allaient se révéler décisifs pour le second tour.

Deux jours avant le débat télévisé déterminant du 5 mai, les événements prenaient une tournure inattendue avec la publication d’articles compromettants sur l’ancien ministre Maurice Papon, révélant sa participation aux rafles durant la Seconde Guerre mondiale. Cela plaçait Mitterrand dans une position difficile, le forçant à répondre aux critiques de ses opposants et à freiner l’élan de son campagne. Les soutiens de Mitterrand commençaient à exprimer leur désarroi face à cette situation.

Le débat du 5 mai devint alors un véritable tournant de l’élection. Giscard, plus détendu, face à un Mitterrand visiblement sous tension, savait que ce moment pourrait changer le cours des événements. En réponse aux accusations évoquées, Mitterrand se défendait en rappelant son expérience de la résistance, alors que Giscard tentait de le déstabiliser en réitérant ses liens passés avec le régime de Vichy.

Le débat télévisé qui change tout.
© BOCCON-GIBOD/SIPA

Les estimations des résultats tombaient enfin. À 20 heures, Jean-Pierre Elkabbach annonçait la réélection de Giscard avec environ 51 % des voix, contre 49 % pour Mitterrand. Cet événement marquait non seulement la continuité d’une présidence, mais aussi un moment clé dans l’histoire politique française où la gauche était mise à mal.

À Solférino, le champagnes était rangé. La gauche, éprouvée par cet échec, devait réfléchir à sa stratégie future. Dans les jours suivants, des voix comme celles de Michel Rocard ou Georges Marchais soulignèrent les faiblesses de leur position. Giscard, célébré par des leaders mondiaux, savait que le défi était désormais de construire un avenir politique sans appréhension de la gauche. Tandis que l’ombre des législatives de 1983 se profilait, il se trouvait à un carrefour décisif de son mandat.

Avec un avenir incertain devant lui, Giscard sentait que la route serait semée d’embûches. Mais comme il l’a murmuré, “après tout, en 1988, j’aurai encore seulement 62 ans.” Ainsi allait se dessiner la suite de son aventure politique.