À peine descendu du bus en provenance de Tel Aviv, le contraste est saisissant. Les gratte-ciels cèdent la place aux champs d’oliviers et aux clôtures barbelées. À l’arrêt, un drapeau israélien usé flotte dans l’air chaud de la Cisjordanie, tandis que des soldats en uniforme surveillent la route menant à la maison d’Issa Souf, un père de cinq enfants qui consacre sa vie à la défense des droits des Palestiniens.
EN BREF
- Issa Souf, ancien policier, lutte pour les droits des Palestiniens depuis 30 ans.
- Les colons créent un climat de peur parmi la population palestinienne.
- Souf dénonce l’inégalité symbolique des drapeaux en Cisjordanie.
Issa Souf, 54 ans, a vu sa vie basculer en 2001 lorsqu’il a été gravement blessé par une balle dum-dum, une munition prohibée qui a détruit ses jambes. Depuis, il vit en fauteuil roulant, mais cela ne l’empêche pas de combattre pour son peuple. Résidant à Harez depuis des générations, il affirme que la Cisjordanie est sa maison et refuse de céder face aux pressions exercées par les colons.
« Tous les Palestiniens, même ceux des grandes villes comme Ramallah ou Naplouse, se sentent menacés par les colons », déclare-t-il. Cette insécurité quotidienne se manifeste au moindre bruit de bulldozer, évoquant la peur de voir sa maison démolie ou ses arbres déracinés. Pour contrer cette situation, Issa Souf a fondé un centre d’accueil, « Garden of Hope », qui reçoit des militants et des familles d’agriculteurs pendant la récolte des olives, une période cruciale mais souvent marquée par la violence.
La menace pesant sur l’existence même de son peuple est palpable. Issa Souf souligne que l’exhibition du drapeau palestinien est interdite dans la colonie d’Ariel, où il réside, alors que les drapeaux israéliens sont omniprésents. « Pour montrer qu’ils sont les propriétaires des lieux, ils accrochent des drapeaux israéliens partout, même aux entrées des villages palestiniens », s’indigne-t-il. Cette démonstration de force symbolique est insupportable pour lui et pour beaucoup d’autres.
Pour contourner les interdictions, les enfants qui fréquentent son centre accrochent des rubans aux couleurs du drapeau palestinien dans les branches des oliviers. Ces couleurs – rouge, noir, blanc, et le vert des feuilles et olives – deviennent un symbole d’espoir et de résistance.
À l’approche des élections législatives israéliennes, Issa Souf demeure sceptique quant à un avenir meilleur. Selon lui, « il n’y a pas de grande différence entre la gauche sioniste et la droite sioniste en Israël. Les deux se valent, surtout en ce qui concerne les Palestiniens ». Dans un contexte où les voix palestiniennes sont souvent étouffées, son engagement ne fait que renforcer l’importance de la lutte pour la dignité et les droits fondamentaux de son peuple.
Cette réalité, vécue au quotidien par des milliers de Palestiniens, révèle une profondeur humaine et politique qui ne peut être ignorée. La présence de Souf et de nombreux autres militants démontre que, malgré la répression, l’espoir et la résistance demeurent vivants.