Depuis quelques semaines, des appels discrets à une grève de la consommation se multiplient au sein des cortèges de manifestants et sur les réseaux sociaux. Inspirée par un précédent en Croatie, où une telle initiative a provoqué une réaction significative du gouvernement, cette idée suscite des réactions contrastées parmi les chroniqueurs et les citoyens.
EN BREF
- Des appels à une grève de la consommation émergent en France.
- Des experts critiquent l’initiative, appelant à soutenir le commerce de proximité.
- Le professeur Benjamin Amar voit un potentiel dans le boycott ciblé des grandes surfaces.
Le mouvement croate, qui s’est manifesté par une journée sans achat, a eu un impact notable : jusqu’à 50 % de baisse du chiffre d’affaires pour les commerces. Cette réaction rapide de la grande distribution, qui a baissé les prix sur plusieurs produits, ainsi que l’imposition de prix réglementés sur des biens de consommation courante par le gouvernement, montre l’influence potentielle d’une mobilisation de ce type.
En France, un premier appel à cette forme de grève a été lancé pour les 18 et 19 octobre, mais la mobilisation a été faible. Cependant, lors du cortège parisien du 24 octobre, des tracts ont de nouveau incité à l’action pour le 28 octobre. Ce type de grève, bien que séduisant sur le papier, rencontre des obstacles dans sa mise en œuvre pratique et dans l’atteinte d’un véritable impact.
Des avis divergents sur l’efficacité
Lors d’une émission récente, les chroniqueurs ont discuté des implications de cette grève de la consommation. Yael Mellul, ancienne avocate et chroniqueuse, a exprimé son scepticisme : « C’est une débilité profonde », a-t-elle déclaré, soulignant que les commerçants, déjà en difficulté, ne peuvent pas supporter une nouvelle baisse de la consommation. Elle propose plutôt de « consommer mieux et à proximité », insistant sur la nécessité de soutenir les commerces locaux.
Jean-Philippe Doux, journaliste et libraire, a également partagé son inquiétude : « Les centres-villes sont en train de devenir des déserts. » Il appelle à privilégier les achats en magasin, surtout à l’approche des fêtes, en affirmant que « acheter, c’est voter ». Sa position met en avant l’idée que les consommateurs devraient se tourner vers les commerces de proximité, qui ont besoin de leur soutien.
Une vision nuancée sur le boycott
À l’opposé de cette vision, Benjamin Amar, professeur d’histoire-géographie, a nuancé son point de vue. Bien qu’il reconnaisse que la grève est un moyen essentiel de perturber l’économie, il voit également un potentiel dans le boycott de la consommation. En ciblant spécifiquement les géants de la grande distribution, il souligne le besoin d’une action collective pour dénoncer les pratiques de ces entreprises qui affectent le pouvoir d’achat des ménages.
Il s’interroge sur la possibilité de faire du boycott un outil complémentaire, tout en appelant à ne pas nuire aux commerces de proximité. Son analyse fait écho à un sentiment de colère sociale grandissant, mettant en lumière le ras-le-bol des citoyens face à la crise économique actuelle.
Dans ce débat, les opinions divergent sur la meilleure manière d’agir face à une situation jugée préoccupante. La question de la grève de la consommation demeure ouverte, oscillant entre le besoin d’un changement significatif et la nécessité de soutenir ceux qui subissent les conséquences des crises économiques.