En janvier 1973, le maire de Montréal, Jean Drapeau, annonce avec assurance les modalités de financement des Jeux olympiques de 1976. Il évoque des solutions innovantes telles que des pièces commémoratives, des timbres et une loterie, tout en affirmant que pas un dollar des contribuables ne sera engagé. Sa célèbre formule, « les Jeux ne peuvent pas plus avoir de déficit qu’un homme ne peut avoir un bébé », établit un précédent audacieux pour ce projet ambitieux. Le coût initial du stade est alors estimé à 134 millions de dollars canadiens. Cependant, la réalité des finances publiques montrera que cette promesse n’était guère plus qu’une illusion.
EN BREF
- Le stade olympique de Montréal, conçu par Roger Taillibert, a coûté jusqu’à 1,61 milliard CAD.
- Les Québécois ont remboursé la dette via une taxe sur les cigarettes pendant 30 ans.
- Le stade, toujours debout, accueille divers événements après le départ des Expos en 2004.
Le projet du stade est confié à l’architecte français Roger Taillibert, connu pour sa réalisation du Parc des Princes. Il conçoit une structure innovante, intégrant une coque de béton préfabriqué et une tour inclinée de 165 mètres, qui devait accueillir un toit rétractable. Malheureusement, le chantier rencontre de nombreux retards dus à des grèves et à des surcoûts de matériaux. À l’ouverture des Jeux, le 17 juillet 1976, le stade est loin d’être achevé : la tour est incomplète et le toit absent, entraînant une explosion des coûts qui atteignent déjà le double du montant prévu.
La tour ne sera finalement terminée qu’une décennie plus tard. De plus, le premier toit permanent s’effondrera partiellement, nécessitant des réparations supplémentaires qui alourdissent encore la facture. Deux mois avant les Jeux, le gouvernement du Québec réalise que les recettes prévues par les pièces, les timbres et la loterie ne suffiront pas à couvrir les dépenses. Le 11 mai 1976, une loi est adoptée pour introduire une taxe spéciale sur les produits du tabac, dont une partie sera consacrée chaque année au remboursement des installations olympiques. Cette mesure préfigure une longue période de remboursement qui va s’étendre sur trois décennies.
Au fil des ans, environ 8 % des recettes de la taxe provinciale sur le tabac serviront à financer le remboursement du stade. Chaque paquet de cigarettes vendu au Québec contribue à cette dette, donnant au stade le surnom évocateur de « Big Owe », un jeu de mots sur le « Big O » qui désigne sa structure. En 2006, la fin du remboursement semble proche. Les responsables préviennent que l’échéance sera atteinte en septembre, mais la mise en place d’une interdiction de fumer dans les lieux publics réduit les ventes de cigarettes, ce qui entraîne un décalage de l’échéance.
Finalement, mi-novembre 2006, trente ans après les Jeux, la dernière tranche de la dette est payée. Les médias rapportent que la facture olympique est enfin soldée, mais le coût total, incluant intérêts et réparations, atteint entre 1,47 et 1,61 milliard de dollars canadiens, soit plus de dix fois l’estimation initiale. À cette époque, seul le nouveau Wembley à Londres a coûté plus cher.
Le stade olympique, avec sa tour désormais accessible par funiculaire, continue d’exister. Bien que l’équipe de baseball, les Expos, ait quitté Montréal pour Washington en 2004, le stade reste actif, accueillant divers événements tels que des concerts, des salons et des festivals. Le record d’affluence demeure le concert de Pink Floyd le 6 juillet 1977, avec 78 322 spectateurs.
Malgré les critiques, le démantèlement du stade est jugé trop coûteux, avec des estimations variant entre 500 et 700 millions de dollars. Les défenseurs de la structure soulignent que la durée du remboursement de trente ans ressemble à celle d’un crédit immobilier. En regardant dans le rétroviseur, il est clair que les leçons financières des grands projets publics restent d’actualité, et que l’ombre de cette dette continue de planer sur la ville de Montréal.