Dans un contexte politique tendu et marqué par des bouleversements sociaux, Emmanuel Macron, président de la République française, semble vivre une profonde solitude au sommet de l’État. Ce lundi, alors qu’il rentre à Paris en Falcon, il jette un regard mélancolique sur sa ville de cœur, Marseille. Un passager, témoin de ce moment, n’hésitera pas à décrire son expression : « Il semblait malheureux comme les pierres ».
EN BREF
- Emmanuel Macron fait face à une solitude grandissante au sommet de l’État.
- Sa méthode de gouvernance, jugée verticaliste, suscite frustrations et colères.
- Des événements récents, comme les émeutes, fragilisent son mandat et son image.
Cette scène, bien que quotidienne pour un homme d’État, illustre la réalité de la solitude du pouvoir. Emmanuel Macron, tout en étant constamment entouré, se retrouve isolé. Dans ses « Mémoires de guerre », le général de Gaulle évoquait déjà cette solitude, la qualifiant de « tentation » devenue « amie » au fil du temps. Avant même de devenir président, Macron avait anticipé cette dynamique, partageant avec son ami écrivain Philippe Besson sa perception d’une fonction qui éloigne des liens amicaux et de la légèreté des échanges.
Une verticalité qui isole
Les institutions de la Ve République, en faisant du président la « clé de voûte » de l’édifice, renforcent cette solitude. Emmanuel Macron a poussé cette logique à son paroxysme en adoptant une approche jupitérienne du pouvoir. Pour justifier cette méthode, il a souvent souligné le retard accumulé par la France en matière de réformes, un retard qu’il estime nuisible à la compétitivité économique et aux comptes publics.
Pour engager la « révolution » qu’il promettait, il a choisi d’agir rapidement, en contournant les résistances. Cela s’est traduit par une réduction de la concertation et un éloignement des corps intermédiaires. Les ministres ont vu leurs prérogatives diminuer au profit d’une centralisation des décisions au palais de l’Élysée. Les députés, eux, étaient relégués au rôle d’exécutants des directives présidentielles, parfois qualifiés de « Playmobil » par le président lui-même.
Dans les premiers mois de son mandat, cette approche a semblé porter ses fruits. En automne 2017, Emmanuel Macron a réformé le Code du travail par ordonnances, sans susciter une forte opposition. Toutefois, cette concentration de pouvoir a également engendré des attentes, frustrations et colères croissantes à son égard. C’est ainsi qu’a émergé, au sein de son entourage, l’idée d’une logique de catharsis : pour apaiser les tensions, Emmanuel Macron devait se rendre compte des mécontentements du peuple.
Une fragilité grandissante
Ce fut le but du Grand Débat national, lancé en janvier 2019 en réponse à la crise des « gilets jaunes ». Le président a multiplié les déplacements, s’exposant directement à la colère des Français. Quatre ans plus tard, la réforme des retraites a relancé cette dynamique, mais la personnalisation du pouvoir a fragilisé le système tout entier.
La dissolution de l’Assemblée nationale, prévue pour juin 2024, en est une preuve. En convoquant des élections législatives anticipées, Emmanuel Macron espérait un regain électoral face aux partis extrêmes. Cependant, les résultats se sont révélés désastreux pour son camp, qui est ressorti affaibli. Le président, lui, a vu l’édifice qu’il avait bâti commencer à vaciller. Un membre influent de son gouvernement a même déclaré que la question ne serait plus de savoir qui serait le Premier ministre, mais combien de temps le président pourrait tenir dans ces conditions.
Les récentes émeutes, notamment celles du 17 octobre, ont exacerbé cette situation. Jean-Baptiste Moreau, un ancien député proche de Macron, lui a même suggéré de démissionner pour le bien du pays. La réponse du président fut claire : « Non, ce n’est pas le moment de démissionner », réaffirmant sa volonté de ne rien lâcher. Cette obstination, bien que louable en certains aspects, pourrait également accentuer son isolement.
Alors que la solitude choisie se transforme progressivement en solitude subie, le regard d’Emmanuel Macron sur Marseille, ce lundi, témoigne sans doute d’un moment de réflexion sur son mandat et sur l’avenir incertain qui l’attend.