Philippe et Attal : la délicate séparation d’avec Macron en pleine crise

À moins de six mois de l’élection présidentielle, Édouard Philippe et Gabriel Attal, deux figures montantes de la politique française, cherchent à s’éloigner d’Emmanuel Macron, leur mentor. Cette volonté de rupture est d’autant plus délicate qu’elle doit se faire sans renier leurs liens passés. Les récentes émeutes et l’impopularité croissante du président compliquent cette démarche.

EN BREF

  • Philippe et Attal évitent une réunion à Matignon sur les émeutes récentes.
  • Un sondage révèle une chute d’impopularité pour Macron, impactant ses proches.
  • Les deux candidats cherchent à marquer une rupture avec le macronisme sans renier leur passé.

Ce mardi, les deux anciens Premiers ministres n’étaient pas présents à la réunion convoquée par Sébastien Lecornu à Matignon, consacrée aux événements du week-end dernier. Philippe a désigné Christophe Béchu comme représentant, tandis qu’Attal a choisi Franck Riester. Cette absence souligne leur volonté de ne pas être associés à un exécutif déjà affaibli par la crise actuelle. En effet, s’afficher à ses côtés pourrait être interprété comme un partage de responsabilité politique, une perspective qu’ils cherchent à éviter à tout prix.

Les enjeux d’image sont cruciaux en politique. Comme le souligne un proche de Philippe, « il nous tire vers le bas », une déclaration qui fait écho à un récent sondage. Ce dernier, réalisé après les émeutes, montre que Philippe et Attal sont systématiquement devancés par Jean-Luc Mélenchon, avec des scores oscillant entre 12 et 16 % contre 15 à 20 % pour le leader insoumis. Cette situation met en évidence un ras-le-bol des Français envers Macron, qui est perçu comme un « irritant » par de nombreux électeurs.

Le baromètre Ifop-Fiducial pour Paris Match révèle une baisse significative de la popularité de Macron, qui perd huit points et se retrouve à l’avant-dernière place du classement. Cette chute d’impopularité concerne également les membres de son gouvernement, ce qui complique encore plus la tâche de Philippe et Attal. Un ministre n’a pas manqué de faire part de son exaspération, affirmant que « les Français ne sont pas stupides » et que vouloir passer sous silence leur passé au sein de l’exécutif n’est pas réaliste.

La question qui se pose alors est comment ces deux candidats vont réussir à opérer cette « rupture tranquille », concept cher à Nicolas Sarkozy lors de sa campagne de 2007. Ce dernier s’était efforcé de se distancier de son prédécesseur tout en conservant un lien avec son héritage politique. Pour Philippe et Attal, le défi est de taille : il ne suffit pas de s’éloigner de Macron, encore faut-il définir ce qu’ils souhaitent conserver de ces années passées à ses côtés.

Les deux équipes de campagne commencent à élaborer des stratégies, mais l’absence à la réunion à Matignon ne constitue qu’un premier pas. Loin d’être suffisante, cette attitude doit être accompagnée d’une clarification de leurs positions. Ils doivent définir leur projet et leur vision, sans renier leur passé, tout en répondant aux attentes d’un électorat déçu par la politique actuelle.

À l’approche de la présidentielle, il est essentiel pour Philippe et Attal de naviguer habilement entre ces deux impératifs : marquer une distance avec Macron tout en restant en phase avec une partie de l’électorat macroniste. Cela nécessite une communication claire et une stratégie bien définie, afin de ne pas perdre le soutien d’électeurs qui se sont déjà détournés du président sortant.

Cette période charnière représente un véritable test pour Philippe et Attal. Ils doivent trouver le juste équilibre entre rupture et continuité, en gardant en tête que les Français, désillusionnés par la politique, attendent des réponses concrètes et un changement tangible dans leur quotidien.