À la cour d’assises d’Aix-en-Provence, le procès d’un triple meurtre survenu à Marseille met en lumière la peur qui paralyse les témoins. Les audiences, qui se déroulent dans un climat tendu, révèlent des témoignages marqués par l’oubli, laissant planer le doute sur la vérité des faits.
EN BREF
- Des témoins du procès d’un triple meurtre à Marseille expriment des amnésies troublantes.
- La peur des accusés semble influencer les déclarations, limitant les informations fournies.
- Une expertise médicale a été demandée pour clarifier la situation des témoins hésitants.
Ce mardi, Julien A., un témoin clé ayant été précédemment mis en examen, a choqué l’audience par sa difficulté à répondre aux questions. Acculé par la pression, il a exprimé sa peur des accusés, répétant inlassablement des phrases telles que « je ne sais pas » et « je ne me souviens pas ». Il a même nié connaître Amine Oualane, bien qu’il ait partagé avec lui un passé criminel commun.
Les craintes de Julien A. semblent justifiées, notamment face à des références inquiétantes faites par l’avocat Pierre-Olivier Sur concernant David Guilbert, un témoin tué quelques jours plus tôt et dont les aveux avaient potentiellement compromis les accusés. La peur qui habite les témoins soulève des questions sur l’intégrité du procès et la quête de vérité.
La journée a également été marquée par le témoignage de Tahira*, la veuve de Brahim Chabane, qui a hésité à aborder le rôle de son mari dans le trafic de drogue. Initialement, elle avait décrit son époux comme un gérant d’un point de deal, mais face à la cour, elle a minimisé ses activités, n’osant pas aller plus loin par crainte pour sa sécurité.
Un autre moment marquant a été l’audition de Rolland M., un ancien compagnon de détention d’Oualane. Il a tenté de justifier son amnésie en évoquant un coup reçu en prison. Cette déclaration a été accueillie par des provocations directes de la part d’Oualane, qui l’encourageait à parler, ce qui a suscité un malaise palpable dans la salle d’audience.
Mercredi, le climat de peur a continué à dominer les témoignages. Justine*, ex-compagne de Malik Kariba, a également éprouvé des difficultés à se souvenir des événements, se réfugiant derrière des excuses telles que « j’étais jeune » ou « c’était il y a longtemps ». Ces répliques, répétées à plusieurs reprises, montrent un schéma préoccupant de réticence chez les témoins.
Le président de la cour, Roger Arata, a tenté de rassurer Justine en lui assurant qu’elle pouvait parler librement. Malgré ses efforts, la peur semble avoir été plus forte que le désir de vérité. Son témoignage, attendu avec impatience, a dû être ajourné en raison d’un arrêt de travail de l’ancienne compagne d’Oualane, laissant les juges dans l’incertitude.
Face à cette situation, la cour a décidé de demander une expertise médicale sur l’état psychologique des témoins, afin de déterminer si leur amnésie était authentique ou si elle résultait d’une peur justifiée des conséquences de leur témoignage. Ce développement souligne l’importance cruciale de la protection des témoins dans des affaires aussi sensibles.
Alors que le procès se poursuit, la question demeure : comment établir la vérité lorsque ceux qui pourraient l’éclaircir choisissent le silence ? La cour, tout en attendant des réponses, semble confrontée à un défi majeur dans sa quête de justice. La ville de Marseille, déjà marquée par la violence, voit une fois de plus son système judiciaire mis à l’épreuve, dans une affaire où la peur et l’amnésie obscurcissent la vérité.