La loi sur les réseaux sociaux : entre rivalités et efficacité à questionner

 

Le paysage politique autour de l’encadrement des réseaux sociaux et des téléphones portables pour les jeunes devient de plus en plus tendu. Plusieurs acteurs de la classe politique, dont Emmanuel Macron et Gabriel Attal, se sont affrontés sur ce sujet, aboutissant à une proposition de loi unique qui sera discutée à l’Assemblée nationale à partir de ce lundi 26 janvier. L’harmonisation des propositions n’efface toutefois pas les difficultés pratiques qui se profilent à l’horizon.

En 2022, alors qu’il était en campagne pour sa réélection, Emmanuel Macron avait mis en avant l’importance de l’utilisation des téléphones portables dans la lutte contre le harcèlement scolaire. Quelques mois plus tard, Gabriel Attal, devenu ministre de l’Éducation nationale, reprend cette thématique. Depuis l’été 2024, des divergences sont apparues entre les deux hommes, entraînant l’émergence de deux textes au sein de la majorité Renaissance. Le premier a été présenté en novembre 2025 à l’Assemblée nationale, tandis que le second a été annoncé par le gouvernement sous forme de projet de loi.

EN BREF

  • Un projet de loi unique va être discuté à l’Assemblée nationale à partir du 26 janvier.
  • Les textes portent sur l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans.
  • Des interrogations subsistent quant à l’efficacité et la faisabilité des mesures proposées.

Un accord politique de façade

Le soutien croissant en faveur de cette réglementation est palpable. Par exemple, Anne Le Hénaff, ministre du Numérique, a récemment déclaré qu’elle soutiendrait le texte du groupe EPR, ce qui témoigne d’un accord politique. Le gouvernement et la députée Laure Miller ont même déposé un amendement identique pour réécrire un des articles clés de la proposition de loi, suite aux mises en garde du Conseil d’État concernant une possible incompatibilité avec la législation européenne. Ce texte vise à « interdire au mineur » de moins de quinze ans d’accéder aux services de réseaux sociaux, en prévoyant une liste de plateformes soumises à une autorisation parentale après avis de l’Arcom.

En outre, la proposition de loi prévoit d’appliquer l’interdiction des téléphones portables aux élèves de lycée à partir de la rentrée 2026, alignant ainsi la réglementation sur celle déjà en vigueur dans les écoles et les collèges. Emmanuel Macron aspire, quant à lui, à une mise en œuvre rapide, espérant un dispositif opérationnel dès la rentrée prochaine.

Mesures : efficacité et faisabilité mises en question

Pourtant, des doutes sur la réalité des mesures soulevées par cette proposition demeurent. Par exemple, l’interdiction de certains réseaux sociaux fait l’objet de débats intenses au sein de la communauté scientifique. Selon le chercheur australien Ben Singh, des restrictions trop sévères peuvent être aussi néfastes qu’un usage excessif des plateformes. Des études montrent qu’un temps élevé passé sur les réseaux peut être corrélé à un état mental dégradé, tout comme une absence totale d’accès à ces services.

En France, des spécialistes comme Serge Tisseron plaident pour une régulation contrôlée, tout en soulignant que l’interdiction pourrait amener les adolescents à contourner les règles et, parallèlement, à déresponsabiliser les parents sur la question de l’éducation numérique.

Des défis pratiques restent à surmonter également. Actuellement, la formulation du texte se concentre non pas sur les plateformes, mais sur les utilisateurs, ce qui pose des interrogations sur l’application et le respect de cette interdiction. Par ailleurs, la proposition d’extension de l’interdiction des téléphones au lycée est critiquée par plusieurs syndicats, qui soulignent que sans moyens humains et matériels adéquats, cette mesure risque de rester lettre morte.

Les discussions autour de ce texte laissent entrevoir des perspectives partagées, allant d’un soutien chaleureux à des questionnements sur sa mise en œuvre. Ce projet de loi va donc à coup sûr être un révélateur des intentions politiques et des réalités du terrain. La capacité des acteurs impliqués à naviguer entre ces enjeux déterminera la suite des événements.