À Rothwell, une banlieue tranquille de Leeds, Andrzej Freda mène une vie calme, apprécié de ses voisins pour sa politesse et sa discrétion. Pourtant, la justice allemande le désigne comme le meurtrier d’un homme en 1996. La complexité de son affaire, révélée par The Crime Desk, soulève des interrogations sur la justice et la mémoire des crimes.
EN BREF
- Andrzej Freda, un Polonais de 60 ans, a été acquitté d’un homicide par un tribunal allemand.
- Il vit à Leeds depuis 2001, ignorant qu’il était recherché pour un meurtre datant de 1996.
- Les juges n’ont pas pu le condamner en raison de la prescription de l’infraction.
Freda, âgé de 60 ans, a vécu sans encombre dans son immeuble depuis deux décennies. Traducteur et père de famille, il a même tenté une carrière d’acteur, sans succès. Toutefois, le 26 septembre 2022, la police a fait irruption dans son domicile, mettant fin à une vie de tranquillité. Les habitants, témoins de cette arrestation, ont été pris de court, réalisant alors que cet homme apparemment ordinaire était en réalité recherché depuis près de trente ans.
Ce drame remonte au 2 mars 1996, lorsqu’un ouvrier de 54 ans, Reinhardt Schönig, rentrait chez lui après une soirée. Il a été attaqué dans une rue de Bochum, poignardé à plusieurs reprises. L’enquête qui a suivi n’a donné lieu à aucun suspect pendant des années. Schönig, père de deux enfants, n’avait aucune animosité connue, ce qui compliquait davantage les investigations.
Les policiers ont gardé le dossier ouvert, espérant que la science viendrait à leur secours. Ce fut le cas : en 2020, un incident dans un bar au Royaume-Uni a permis de prélever l’ADN de Freda, qui a été enregistré dans une base de données internationale. Cet ADN correspondait à des traces retrouvées sur les vêtements de la victime et sur le couteau utilisé lors de l’agression.
Extradé en janvier 2025, Freda a été jugé à Bochum, mais la procédure a pris un tournant inattendu. Bien que les juges aient reconnu qu’il avait poignardé Schönig avec une « volonté absolue », ils n’ont pas pu le condamner pour meurtre en raison des critères juridiques stricts en Allemagne. Pour qu’un homicide soit qualifié de meurtre, l’accusation doit prouver des circonstances aggravantes. Dans ce cas, la défense a réussi à établir que Schönig n’avait pas été attaqué par surprise.
Le tribunal a alors requalifié les faits en Totschlag, ce qui a permis à Freda d’échapper à une condamnation. Ce délit, moins sévère que le meurtre, se prescrit après 20 ans, alors que le meurtre est imprescriptible. À la lumière des nouvelles preuves, les juges ont estimé qu’il n’y avait « aucun doute raisonnable » sur la culpabilité de Freda, mais le temps avait joué en sa faveur.
De retour à Leeds, Freda a repris son métier de traducteur, mais son histoire soulève des questions troublantes. Comment un homme reconnu comme meurtrier peut-il vivre librement ? Les voisins, bien que méfiants, le décrivent comme un homme sympathique, incapable d’imaginer le drame qui l’entoure. Un habitant a même qualifié Freda de « gentleman », ignorant les événements tragiques de son passé.
Pour les proches de Schönig, la douleur persiste. La famille, toujours en quête de réponses, n’a pas obtenu de justice pour l’homicide de leur père. Les motivations derrière cet acte restent floues, et les aveux de Freda semblent peu probables. L’affaire, qui a suscité l’intérêt des médias, rappelle les complexités de la justice et les conséquences de l’oubli sur les victimes.
Dans le monde de la criminalité, le temps peut être un allié pour certains. La question demeure : jusqu’où peut-on fuir son passé avant que celui-ci ne ressurgisse ? Andrzej Freda, maintenant en liberté, vit à proximité de ceux qui, ignorants, ne se doutent pas de son histoire.