Mehran Karimi Nasseri : 18 ans de vie dans un aéroport, une histoire devenue film

Imaginez un moment que vous posez vos valises dans un aéroport, mais que vous n’en repartez jamais vraiment. Pendant dix-huit ans, Mehran Karimi Nasseri a fait du terminal 1 de Roissy-Charles-de-Gaulle son unique domicile. Cette histoire fascinante débute dans les années 70, lorsqu’un jeune Iranien quitte son pays natal, en proie à des troubles politiques, pour errer à travers l’Europe, avant de se retrouver coincé dans le plus grand aéroport de France.

EN BREF

  • Mehran Karimi Nasseri a vécu 18 ans à Roissy, sans pouvoir quitter l’aéroport.
  • Son histoire a inspiré le film « Le Terminal » de Steven Spielberg.
  • Il est décédé en novembre 2022 au terminal 2F de Roissy.

Né en Iran, Mehran Karimi Nasseri s’oppose au régime du shah et se voit contraint de quitter son pays. Après un parcours chaotique et un statut de réfugié obtenu en Belgique, il espère rejoindre sa famille au Royaume-Uni, mais son passage à Paris va changer le cours de sa vie. En 1988, lors de son escale, il perd tous ses papiers, y compris son certificat de réfugié. Cette situation le plonge dans une zone grise administrative : ni expulsable, ni admis. Ainsi, il se retrouve coincé à Roissy.

Ce qui devait être une courte escale se transforme en un long séjour. Nasseri s’installe sur une banquette rouge, près d’une boutique, où il accumule ses affaires : valises, cartons, journaux et carnets. Au fil des ans, il s’adapte à sa vie d’aéroport. Il se lave dans les sanitaires, mange grâce à la générosité des employés et des passants, et devient une figure familière des voyageurs. Certains viennent lui faire un coucou ou lui laisser un message.

Les années passent et les journalistes s’intéressent à ce résident atypique. Son histoire, relayée par les médias, suscite un grand intérêt. Des avocats prennent son dossier en main pour obtenir un statut de réfugié pour lui, mais Nasseri refuse de signer des papiers, désaccordé sur la mention de sa nationalité. Ce refus prolonge son séjour, faisant de lui une sorte de monument vivant de l’aéroport.

Au début des années 2000, son récit attire l’attention de Hollywood. Steven Spielberg décide d’en faire un film, « Le Terminal », sorti en 2004, avec Tom Hanks dans le rôle principal. Bien que le film s’inspire librement de sa vie et ne soit pas une biographie fidèle, l’idée de base de Nasseri, un homme piégé dans un terminal par un vide administratif, reste intacte. Cette adaptation cinématographique lui permet de percevoir des revenus, et suscite des interrogations sur les raisons de son maintien à Roissy.

En 2006, la santé de Nasseri se dégrade. Après un malaise survenu dans l’aéroport, il est hospitalisé et ne revient plus s’installer sur sa banquette. Ainsi s’achève son long séjour de dix-huit ans dans le terminal 1, un refuge devenu une forme d’enfermement. Il est ensuite pris en charge et logé dans un foyer d’accueil à Paris.

Le chiffre est incroyable : dix-huit ans, soit plus de 6 500 jours passés dans le même hall, à observer le monde défiler sans jamais prendre l’avion. En novembre 2022, Mehran Karimi Nasseri décède à l’âge de 77 ans, et c’est dans le terminal 2F de Roissy qu’il est retrouvé, victime d’une crise cardiaque. Ironiquement, il était revenu à l’aéroport quelques semaines auparavant.

Son destin nous rappelle combien un simple document manquant peut bouleverser une vie entière. Une banquette rouge, apparemment ordinaire, peut devenir le théâtre d’une légende, celle d’un homme dont l’histoire résonne comme un écho des complexités administratives de notre temps.