À l’été 2013, un phénomène surprenant a secoué le quartier des affaires de Londres. En plein cœur de la City, des véhicules garés ont subi des dommages inexplicables, suscitant l’inquiétude des commerçants et des résidents. Le coupable n’était autre qu’un immeuble en construction, le 20 Fenchurch Street, surnommé le « Walkie-Talkie » en raison de sa silhouette atypique.
EN BREF
- Un gratte-ciel de 160 mètres a causé des dommages sur des voitures en raison de sa forme.
- Des températures au sol atteignant 117 °C ont été enregistrées à cause de la lumière réfléchie.
- Le bâtiment a été élu pire construction du Royaume-Uni en 2015.
Tout a commencé lorsque Martin Lindsay, directeur d’une entreprise de carrelage, gare sa Jaguar XJ dans Eastcheap, une rue adjacente au chantier. Après une heure, il découvre avec horreur que les rétroviseurs et les panneaux de carrosserie de son véhicule ont fondu. D’autres usagers de la route, dont un conducteur de camionnette, signalent également des dégâts similaires. Les regards se tournent rapidement vers le chantier voisin, où le 20 Fenchurch Street prend forme.
Ce bâtiment, mesurant 160 mètres de haut et coûtant plus de 200 millions de livres, possède une façade en verre réfléchissant qui concentre la lumière du soleil. Selon le physicien James Keaveney, cette conception a créé un effet de loupe, provoquant des températures au sol pouvant atteindre 91 °C, voire 117 °C par moments. Les commerçants de la rue se plaignent également de tapis qui prennent feu et de portes qui fument.
Face à la controverse, les promoteurs du projet, Land Securities et Canary Wharf, ont réagi en suspendant plusieurs places de stationnement dans la zone concernée. Martin Lindsay a reçu une compensation de 946 livres pour les dégâts subis par son véhicule. L’architecte du bâtiment, Rafael Viñoly, a reconnu que des erreurs avaient été commises. Il a expliqué que l’équipe avait sous-estimé l’intensité de la lumière réfléchie par la façade.
En outre, Viñoly a admis que des protections solaires initialement prévues avaient été supprimées pour des raisons économiques. Il a également mentionné que le réchauffement climatique contribuait à l’augmentation des jours ensoleillés à Londres, aggravant ainsi le problème. Ce n’était pas la première fois qu’il rencontrait une situation similaire : son précédent projet, l’hôtel Vdara à Las Vegas, avait également causé des désagréments en raison de la lumière réfléchie.
Pour remédier à cette situation, un écran temporaire a été installé en 2013, suivi par des protections permanentes en 2014. Ces ailettes en aluminium, ajoutées au sommet de la façade sud, ont été conçues pour diffuser la lumière du soleil et éviter des dommages similaires à l’avenir. La tour a été achevée au printemps 2014, et son sommet abrite un jardin panoramique, le « Sky Garden », qui offre une vue imprenable sur la ville.
Malgré ces ajustements, le « Walkie-Talkie » n’a pas échappé aux critiques. En 2015, il a été désigné comme le pire nouveau bâtiment du Royaume-Uni par le magazine Building Design, remportant la Carbuncle Cup. De plus, les plaintes concernant les courants d’air violents au pied de l’immeuble se sont multipliées, mettant en lumière des lacunes dans les études de vent initiales.
En dépit de ces controverses, le bâtiment a réussi à trouver preneur. En 2017, le groupe hongkongais Lee Kum Kee a acquis la tour pour 1,3 milliard de livres. Le « Walkie-Talkie » illustre ainsi comment certaines constructions peuvent devenir célèbres pour des raisons peu flatteuses, rejoignant le club des projets architecturaux contestés à travers le monde.