Le crâne de Maastricht : une relique conquise, une demande de restitution en 2023

Un crâne de 66 millions d’années, exhumé dans les carrières de Maastricht, a traversé les siècles, fasciné les scientifiques, et fait l’objet de controverses. Son histoire, marquée par des légendes et des récits embellis, prend une nouvelle tournure avec la demande de restitution formulée par la ville néerlandaise en décembre 2023.

EN BREF

  • Un crâne de lézard marin géant, découvert au XVIIIe siècle, est exposé à Paris.
  • La ville de Maastricht réclame sa restitution, le considérant comme un butin de guerre.
  • Ce fossile, un symbole de la paléontologie, soulève des questions sur la restitution des objets d’art.

Découvert au XVIIIe siècle dans les carrières de craie de Maastricht, ce crâne a captivé l’attention des savants de l’époque. Les ouvriers, qui exploitaient les galeries souterraines, ont mis au jour une mâchoire imposante, mais son identité restait un mystère. Les débats entre scientifiques, dont le médecin Johann Leonard Hoffmann et le naturaliste néerlandais Petrus Camper, n’ont pas permis d’établir la véritable nature du fossile. Ce n’est qu’après l’arrivée à Paris du crâne que Georges Cuvier, jeune anatomiste au Muséum national d’histoire naturelle, en a révélé le véritable caractère : un lézard marin géant, le Mosasaurus, qui a régné sur les mers à la fin du Crétacé.

En 1794, la Révolution française assiège Maastricht. Le fossile, alors propriété du chanoine Theodorus Godding, est caché pour échapper aux forces françaises. Le géologue Barthélemy Faujas de Saint-Fond, membre de la commission scientifique, aurait promis une récompense de 600 bouteilles de vin pour sa récupération. Cette histoire, devenue légendaire, a été remise en question par les historiens au XXe siècle. Ils n’ont trouvé aucune preuve des procès ou des échanges mentionnés dans les récits de Faujas, laissant planer le doute sur la manière dont le crâne a quitté Maastricht.

Ce fossile, arrivé à Paris au début de l’année 1795, est devenu un symbole de la paléontologie. En 1808, Cuvier a publié sa description, affirmant que des espèces avaient disparu de la planète. La découverte du Mosasaurus, dont le nom d’espèce « hoffmannii » rend hommage à Hoffmann, a fondé une nouvelle discipline scientifique. Le crâne, exposé au Muséum, représente non seulement un exploit scientifique, mais aussi un enjeu de patrimoine culturel.

Malgré son exposition à Paris pendant plus de deux siècles, Maastricht n’a jamais accepté la perte de ce fossile emblématique. Les tentatives de restitution ont été nombreuses. La propre fille du chanoine Godding a tenté de récupérer le crâne entre 1824 et 1827, mais sans succès. La question a ressurgi à plusieurs reprises dans les débats publics, sans aboutir à une solution. En décembre 2023, le musée d’histoire naturelle de Maastricht a relancé la demande de restitution, revendiquant le crâne comme un artefact culturel volé durant les guerres révolutionnaires.

Pour les paléontologues néerlandais, cette restitution dépasse la simple fierté locale. Le crâne de Maastricht est considéré comme le spécimen de référence de l’espèce, essentiel pour la comparaison des fossiles découverts ultérieurement. Ce débat s’inscrit dans un contexte plus large de restitution des œuvres et objets d’art pris durant les conquêtes, une problématique qui suscite un intérêt croissant à l’échelle internationale.

Pour l’heure, le Mosasaurus demeure au Jardin des Plantes à Paris, à 350 kilomètres de l’endroit où il a été découvert. Cette situation soulève des questions sur la propriété des objets culturels et sur la façon dont les musées traitent leurs collections. Ce crâne, témoin d’une époque révolue, continue d’alimenter la fascination pour les mosasaures, ces créatures marines qui régnaient dans les océans du passé. Le débat sur la restitution de ce fossile pourrait ouvrir la voie à d’autres discussions autour de la restitution des objets d’art et de culture, un sujet qui ne cesse de se renouveler.