En 2013, Seattle, aux États-Unis, est le théâtre d’un défi d’ingénierie sans précédent. Bertha, la plus grande tunnelière du monde, entame son creusement sous la ville. Cependant, après seulement 300 mètres, la machine s’immobilise, lançant une série d’événements qui coûteront des centaines de millions de dollars et mettront en lumière des erreurs de gestion et de communication.
EN BREF
- La tunnelière Bertha s’arrête après 300 mètres de creusement en 2013.
- Des réparations spectaculaires nécessitent un puits de secours de 37 mètres.
- Les surcoûts liés à l’arrêt sont estimés à 223 millions de dollars.
Bertha, qui mesure près de 100 mètres de long et pèse plus de 6 000 tonnes, a été conçue pour creuser un tunnel routier d’environ 2,8 kilomètres afin de remplacer le viaduc d’Alaskan Way, endommagé par un tremblement de terre en 2001. Ce projet, évalué à 3,1 milliards de dollars, a nécessité la construction d’une machine capable de réaliser un forage complexe sous le centre-ville de Seattle.
Construit par la société Hitachi Zosen au Japon, Bertha est dotée d’une tête de coupe de 17,5 mètres de diamètre. Son nom, choisi en hommage à Bertha Knight Landes, la première femme mairesse de Seattle, a captivé l’imagination des habitants. Le 30 juillet 2013, le forage débute avec des ambitions élevées, un achèvement prévu pour décembre 2015.
Cependant, le 6 décembre 2013, la machine s’immobilise. Les premières inspections révèlent une surchauffe et un joint du roulement principal endommagé, laissant les ingénieurs perplexes sur la manière de résoudre la situation. Étant donné la taille de Bertha, faire marche arrière n’est pas une option. Les équipes décident alors de creuser un puits de secours de 37 mètres pour accéder à la machine.
Le 31 mars 2015, après plusieurs mois de travaux, la tête de coupe de Bertha est enfin hissée à la surface. Les dégâts constatés sont plus étendus que prévu, touchant les joints et engrenages de la machine. Les réparations tardent à se concrétiser, et il faut attendre le 22 décembre 2015 pour que Bertha reprenne le forage, après plus de deux ans d’interruption.
Les retards engendrent des surcoûts considérables, estimés à 223 millions de dollars. En janvier 2016, un nouvel incident survient : un affaissement de terrain près du puits d’accès entraîne une nouvelle suspension du forage. Les projets souterrains de grande ampleur, comme celui-ci, sont souvent exposés à des imprévus, et Bertha ne fait pas exception.
Mais qu’est-ce qui a provoqué cette panne initiale ? Les enquêtes révèlent qu’un tuyau en acier de 20 centimètres de diamètre, laissé sur place après une étude des eaux souterraines en 2002, a été à l’origine du blocage. Ce tuyau, dont l’existence avait été signalée à l’entreprise en charge du chantier, Seattle Tunnel Partners, a causé des dégâts significatifs à la machine.
Les accusations fusent entre l’État de Washington et l’entreprise, chacun cherchant à se dédouaner de sa responsabilité. Un document judiciaire révèle que l’entreprise savait que le tuyau était dans le chemin de Bertha, mais a minimisé son importance. Cette querelle illustre les conséquences dramatiques que peuvent avoir des erreurs de communication sur des projets d’une telle envergure.
Le 4 avril 2017, après un long parcours semé d’embûches, Bertha réussit enfin à percer le mur de son puits d’arrivée, marquant la fin d’une épopée complexe. Le gouverneur de l’État, Jay Inslee, qualifie ce moment d’historique pour les transports de Washington, tandis qu’un sénateur républicain évoque une « tragédie des erreurs ».
Après avoir achevé son parcours, Bertha est découpée en morceaux, certaines pièces étant récupérées pour d’autres chantiers, tandis que le reste est recyclé. Le tunnel ouvre finalement à la circulation en février 2019, mais la question de qui paie la facture des retards demeure.
En fin de compte, l’État de Washington remporte un jugement en 2019, lui accordant des dommages et intérêts pour le retard de livraison. Cette histoire rappelle que même les projets les plus audacieux peuvent être entravés par des détails apparemment insignifiants. À l’image de Bertha, d’autres projets ambitieux se dessinent à l’horizon, mais espérons qu’ils éviteront les pièges laissés par le passé.