En ce jeudi, une journée interprofessionnelle de grève et de manifestations mobilise les syndicats autour de la question cruciale de l’augmentation du salaire minimum interprofessionnel de croissance (smic). Les revendications portent principalement sur une hausse substantielle du smic, une mesure que le gouvernement pourrait décider au-delà de la revalorisation automatique. Toutefois, il convient de rappeler qu’une telle initiative n’a pas été mise en œuvre depuis 2012, durant le mandat de François Hollande.
EN BREF
- Les syndicats demandent une hausse significative du smic, avec des différences d’approche.
- Le gouvernement reste prudent, craignant des effets sur l’emploi et l’inflation.
- Une revalorisation automatique du smic est prévue pour le 1er janvier 2024.
Actuellement, environ 2,1 millions d’employés du secteur privé non agricole perçoivent le salaire minimum en France, représentant 11,8 % des salariés, selon les chiffres du ministère du Travail. Depuis le 1er juin, le smic est fixé à 1 867,02 euros bruts par mois pour un emploi à temps plein, soit 12,31 euros de l’heure, ce qui correspond à environ 1 478 euros net mensuels.
La revalorisation du smic est automatique chaque 1er janvier, basée sur deux critères : l’évolution des prix à la consommation pour les 20 % des ménages les plus modestes et la moitié du gain de pouvoir d’achat des salaires horaires de base des ouvriers et employés. En période d’inflation élevée, un mécanisme supplémentaire peut s’appliquer, permettant une augmentation dès qu’il y a une hausse des prix d’au moins 2 %. Cette situation a conduit à une hausse de 2,41 % en mai de cette année.
Le dernier coup de pouce accordé par le gouvernement remonte à juillet 2012, lorsque le smic avait été relevé de 0,6 % en plus de la revalorisation automatique. Depuis, aucun gouvernement n’a utilisé cette mesure, la CFDT ayant traditionnellement été réticente à l’idée d’un coup de pouce, préférant se concentrer sur l’amélioration des grilles salariales dans les branches professionnelles. Cependant, la CFDT change de cap et réclame désormais 100 euros nets d’augmentation, soit une hausse de 6,8 %.
Par ailleurs, la CGT exige une augmentation immédiate de 10 % pour porter le smic à 2 053,72 euros bruts, suivie d’une hausse à 2 200 euros, ainsi que le retour à l’indexation des salaires sur les prix. Force Ouvrière (FO) demande quant à elle que le smic soit indexé à 80 % du salaire médian pour éviter un tassement des grilles. En 2025, le salaire net médian était de 2 238 euros dans le secteur privé, d’après l’Insee.
Le syndicat des cadres CFE-CGC, lui, ne précise pas de pourcentage, mais met en garde contre un possible écrasement des échelles de salaire. La CFTC, par la voix de son président Cyril Chabanier, évoque également un coup de pouce similaire à celui de 2012, accompagné d’une nouvelle revalorisation automatique prévue pour le 1er janvier 2024.
Du côté du gouvernement, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, n’écarte pas l’idée d’un coup de pouce, mais se montre prudent face aux conséquences potentielles sur l’emploi. Une hausse de 150 euros, par exemple, pourrait entraîner la suppression de 250 000 emplois, notamment dans le secteur des services, où les entreprises pourraient répercuter l’augmentation des salaires sur les prix, alimentant ainsi l’inflation.
Des informations récentes laissent entendre qu’un compromis pourrait être trouvé, avec une augmentation de 1,6 % dès décembre, comprenant 1 % pour la hausse naturelle et 0,6 % en tant que coup de pouce. Ce choix de 0,6 % semble motivé par une volonté de ne pas faire moins que l’augmentation accordée en 2012.
Enfin, le Medef met en garde contre le risque d’un choc sur le marché du travail, en raison du cumul d’un coup de pouce sur le smic et de la réduction des allégements de cotisations des employeurs prévue dans le budget de la Sécurité sociale pour 2027.
Les discussions autour de l’augmentation du smic révèlent des tensions entre les revendications des syndicats et la prudence du gouvernement, une situation qui semble s’intensifier à l’approche des prochaines décisions politiques.