La catastrophe de la mélasse de Boston en 1919 : enquête sur une tragédie oubliée

En janvier 1919, un événement tragique s’est produit à Boston, marquant les mémoires et l’histoire des catastrophes industrielles. À l’heure du déjeuner, une immense cuve en acier de 8,7 millions de litres de mélasse a cédé, déversant un torrent brun dans les rues de la ville. Ce déluge inattendu a causé la mort de 21 personnes et blessé environ 150 autres, révélant des négligences aux conséquences dramatiques.

EN BREF

  • Une cuve de mélasse a cédé à Boston en janvier 1919, provoquant un torrent destructeur.
  • 21 victimes et de nombreux blessés ont résulté de cet incident, dû à des négligences de construction.
  • Les leçons de cette tragédie ont conduit à des changements significatifs dans les réglementations de construction.

Contexte de la catastrophe

La cuve, appartenant à la Purity Distilling Company, était située dans le quartier populaire de North End. Construite en 1915, elle était destinée à stocker de la mélasse afin de produire de l’alcool pour des boissons et des munitions. Si la mélasse était courante à l’époque, son accumulation dans une structure mal conçue était un risque que les riverains devaient subir.

Les habitants avaient déjà remarqué des signes inquiétants ; la cuve « tremblait et gémissait » lors des remplissages, et des fuites de mélasse étaient visibles. Ces problèmes avaient été ignorés par le trésorier Arthur Jell, responsable de sa construction, qui n’avait pas effectué les tests d’étanchéité nécessaires.

Le jour de la rupture

Le 15 janvier 1919, après une période de froid intense, la température a soudainement grimpé. Deux jours avant l’accident, une nouvelle cargaison de mélasse tiède a été ajoutée, augmentant la pression à l’intérieur de la cuve. À 12h30, un grondement semblable à celui d’un train a résonné, suivi de l’explosion de la cuve. Des millions de litres de mélasse se sont déversés, créant une vague qui a déferlé à une vitesse d’environ 56 km/h.

Cette vague de mélasse a détruit tout sur son passage, projetant des débris contre le métro aérien et provoquant le déraillement d’un tramway. Le chaos a été tel que des témoins ont décrit la scène comme apocalyptique, et les équipes de secours, composées de soldats et d’étudiants, ont rapidement afflué vers le lieu de la tragédie.

Conséquences et enquêtes

Le bilan de l’accident a été dévastateur. Vingt et une personnes ont perdu la vie, dont un enfant de 10 ans, Anthony di Stasio, qui s’est retrouvé piégé. Les secours ont cherché désespérément des survivants pendant quatre jours. Parallèlement, la ville était plongée dans un désordre total, le nettoiement s’étalant sur plusieurs semaines.

Une action collective a été intentée par 119 habitants contre United States Industrial Alcohol, la société mère de Purity Distilling Company. Les accusations de sabotage par des anarchistes ont été rapidement écartées, l’enquête révélant des négligences dans la construction de la cuve. Finalement, après trois ans d’audiences, la société a été jugée responsable et condamnée à verser 628 000 dollars de dommages-intérêts.

Leçons apprises

Un siècle plus tard, cette tragédie a conduit à des changements significatifs dans les réglementations de construction. L’étude de 2014 a révélé que l’acier utilisé pour la cuve était inadapté, soulignant l’importance de la supervision par des ingénieurs qualifiés. Le souvenir de cet événement reste gravé dans l’histoire, illustrant les conséquences d’une négligence tragique.

En 2019, pour commémorer le centenaire, les noms des victimes ont été lus à haute voix, rappelant à tous que même les événements les plus banals peuvent avoir des conséquences dévastatrices. À Boston, la mélasse a laissé une empreinte indélébile, tant dans les mémoires que dans les réglementations modernes.