Napoléon et le faux Arc de triomphe : une entrée mémorable en 1810

Le 2 avril 1810, Napoléon Bonaparte fait son entrée triomphale à Paris en compagnie de sa nouvelle épouse, l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche. Bien que le cortège passe sous l’Arc de triomphe de l’Étoile, il est surprenant de constater que ce monument emblématique n’existe pas encore. Cet épisode fascinant de l’histoire française met en lumière la créativité et l’ingéniosité des architectes de l’époque.

EN BREF

  • Napoléon entre à Paris sous un faux Arc de triomphe en 1810.
  • Le véritable monument ne sera achevé qu’en 1836.
  • Le décor temporaire a été monté en seulement vingt jours.

À l’origine de cet événement, il y a la promesse faite par Napoléon à ses troupes après la victoire d’Austerlitz en 1805 : « Vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des arcs de triomphe. » L’empereur, inspiré par les traditions de la Rome antique, décide de construire un arc monumental à Paris. En 1806, il confie le projet à Jean-François-Thérèse Chalgrin et Jean-Arnaud Raymond, et les travaux débutent rapidement.

Le 15 août 1806, jour de l’anniversaire de Napoléon, la première pierre est posée. Cependant, le chantier est immense et les retards s’accumulent. En 1810, lorsque Napoléon prépare son mariage avec Marie-Louise, seuls les fondements de l’arc sont visibles. Afin de ne pas décevoir la nouvelle impératrice lors de son entrée dans Paris, Chalgrin trouve une solution audacieuse : il crée un faux arc en bois, recouvert de toile peinte.

Ce simulacre, monté en quelques semaines, est une réplique à taille réelle de l’arc projeté. Il est orné d’une dédicace : « À Napoléon et à Marie-Louise, la ville de Paris ». Le 2 avril, le cortège nuptial s’arrête sous cette création éphémère avant de se diriger vers le Louvre pour célébrer le mariage religieux. Les gravures de l’époque capturent cette scène, donnant l’illusion que le monument est déjà achevé.

Cette réalisation temporaire est aussi une opportunité pour Chalgrin. Il peut visualiser son projet à l’échelle réelle et apporter les derniers ajustements avant la construction définitive. Mais malgré ses efforts, le chantier principal continue d’accuser des retards. Chalgrin décède en 1811, et le projet est ensuite interrompu en raison des bouleversements politiques et des défaites militaires de Napoléon.

Ce n’est qu’en 1836, sous la monarchie de Juillet, que l’Arc de triomphe sera finalement achevé. Il se dresse aujourd’hui comme un symbole de la gloire militaire de la France, mesurant plus de 49 mètres de hauteur et portant les noms de 658 amiraux, maréchaux et généraux. Napoléon, qui meurt en exil à Sainte-Hélène, ne verra jamais son œuvre achevée. Son unique passage sous l’arc de pierre a lieu en 1840, lors du retour de ses cendres à Paris.

Le faux arc en toile et bois, bien que temporaire, a marqué les esprits et est surtout conservé dans les gravures de l’époque. Ce monument, qui a été le témoin d’un moment historique, n’a duré que le temps d’une fête, mais il a ouvert la voie à l’un des monuments les plus emblématiques de la capitale française.

En somme, cet épisode souligne non seulement l’importance des symboles dans la construction d’une identité nationale, mais aussi la capacité d’adaptation et l’innovation des architectes de l’époque face aux défis de la construction monumentale.