Un vase « trop rose » découvert dans une boîte à chaussures adjugé à 16,2 millions d’euros

Une histoire fascinante a récemment émergé du monde des enchères, où un vase considéré comme trop inesthétique par sa propriétaire a atteint un prix record de 16,2 millions d’euros chez Sotheby’s Paris. Cet événement illustre à quel point la valeur des objets d’art peut parfois dépasser toutes les attentes.

EN BREF

  • Un vase en porcelaine, jugé « trop rose », a été vendu 16,2 millions d’euros.
  • Découvert par une veuve en vidant la maison familiale, le vase était rangé dans une boîte à chaussures.
  • C’est le prix le plus élevé jamais atteint pour un objet chez Sotheby’s Paris.

Tout débute en mars 2018 lorsque, au téléphone, une veuve contacte Sotheby’s Paris. Elle vient de perdre son mari et envisage de vendre quelques objets rapportés d’Asie par sa famille. Olivier Valmier, expert en art asiatique, prend l’appel et note l’intérêt de la femme pour ses « vieilleries », sans avoir toutefois la possibilité de lui faire parvenir des photos.

Parmi les objets mentionnés, un brûle-parfum accompagné d’une facture de l’Exposition universelle de Paris de 1867 attire l’attention de l’expert. Ce détail incite Olivier Valmier à convaincre la veuve de venir présenter ses objets. Bien que réticente, elle finit par accepter de se déplacer avec un seul objet : un vase, qu’elle considère encombrant.

Le jour de la rencontre, la veuve arrive avec son vase, soigneusement enveloppé dans du papier journal et rangé dans une vieille boîte à chaussures. Pour elle, cet objet est un héritage familial que personne n’aimait, décrit simplement comme « trop rose ».

Olivier Valmier découvre alors une pièce en porcelaine de 28 centimètres, décorée avec minutie. L’expert réalise rapidement que, si le vase est une bonne copie, il pourrait valoir environ 100 000 euros. Mais il envisage également une hypothèse bien plus captivante : si le vase était un original du XVIIIe siècle, fabriqué pour la cour de l’empereur Qianlong ? Cette possibilité le laisse sans voix.

L’examen du vase confirme son authenticité. C’est un objet impérial, en parfait état, de la célèbre production de Jingdezhen. Olivier Valmier compare cette découverte à celle d’un chef-d’œuvre de Caravage, renforçant l’importance historique de cette pièce.

Un événement spécial est alors organisé par Sotheby’s à Paris, avec le vase comme pièce maîtresse. L’estimation initiale est fixée entre 500 000 et 700 000 euros. Le jour de la vente, le 12 juin 2018, l’excitation est palpable dans la salle. Les enchères s’envolent, atteignant un prix final de 16 182 800 euros, un montant qui surpasse toutes les prévisions.

Cela représente le prix le plus élevé jamais atteint pour un objet dans la maison de ventes aux enchères à Paris et un record pour une porcelaine chinoise vendue en France. Ce vase, qui avait été oublié dans un grenier, rejoint ainsi le cercle restreint des trésors atteignant des sommets aux enchères.

La provenance du vase soulève des interrogations. Les recherches révèlent qu’il appartenait à un oncle de la veuve, décédé en 1947. À sa mort, l’inventaire de son appartement mentionne déjà le vase, mais sa valeur n’a jamais été reconnue par les membres de la famille, qui l’ont relégué au grenier.

Cette histoire pose la question de la valeur perçue des objets d’art et de la manière dont des pièces uniques peuvent échapper à l’attention de leurs propriétaires. Olivier Valmier évoque le paradoxe : un vase que personne ne voulait a finalement révélé une valeur inestimable.

Le nouvel acheteur, un collectionneur chinois, reste anonyme, mais une chose est certaine : le vase ne sera plus jamais rangé dans une boîte à chaussures. Cette aventure témoigne de l’ironie de l’histoire de l’art et de la façon dont des objets négligés peuvent receler des trésors inestimables.

Cette vente rappelle également aux amateurs d’art l’importance de ne pas sous-estimer la valeur des objets anciens et de toujours envisager l’opinion d’experts avant de se séparer de biens familiaux. Chaque objet a une histoire, et parfois, ces histoires cachent des trésors inattendus.