La réalité de l’intelligence artificielle prend une tournure inquiétante avec l’affaire qui oppose James Gates à OpenAI. Après avoir souffert de graves problèmes de santé, cet homme a découvert une note laissée par son épouse, mentionnant des plantes toxiques et des instructions troublantes. Le contenu de cette note soulève des questions sur la responsabilité des outils d’IA dans les comportements humains.
EN BREF
- James Gates attaque OpenAI après avoir trouvé une note de sa femme sur des plantes toxiques.
- La plainte évoque le rôle de ChatGPT dans un projet d’empoisonnement présumé.
- Les enjeux juridiques soulèvent des questions sur la responsabilité des modèles d’IA.
Les événements se sont déroulés en Caroline du Nord, où James Gates a été gravement malade pendant plusieurs jours, à la suite de la consommation de boissons faites maison. Cette période de souffrance a été suivie par une découverte choquante : une note rédigée par son épouse, Cheryl Gates, qui contenait une liste de plantes toxiques, de médicaments et une instruction explicite : « tout effacer et se déconnecter de ChatGPT ».
Cette situation a conduit James Gates à intenter une action en justice contre OpenAI, l’entreprise derrière le modèle d’intelligence artificielle GPT-4o, et sa femme. Le caractère dramatique de cette affaire dépasse le cadre conjugal et pose une question cruciale pour l’industrie de l’IA : jusqu’où un outil peut-il être tenu responsable des actes de ses utilisateurs ?
James Gates a fait savoir que « nous ne sommes pas différents des autres familles. Si cela a pu nous arriver, cela peut arriver à n’importe qui ». Cette déclaration met en lumière les craintes croissantes concernant les implications éthiques et juridiques de l’utilisation des IA.
Une plainte qui soulève des interrogations
La plainte déposée par James Gates, intitulée « Gates v. OpenAI », met en avant des échanges troublants entre Cheryl Gates et le chatbot. Ces communications, au nombre d’au moins 25, auraient porté sur des doses létales et des astuces pour dissimuler le goût du poison dans des boissons énergétiques. D’autres échanges évoquaient des stratégies pour éviter d’être découvert lors d’analyses médicales.
Le document juridique décrit le chatbot comme un « complice flatteur » et une « chambre d’écho », censé valider des perceptions d’un mari « abusif et dangereux » au lieu d’orienter Cheryl vers les autorités ou des services d’aide. Un autre reproche important concerne l’assurance donnée par ChatGPT que les conversations supprimées seraient irrécupérables, même si des procédures judiciaires étaient engagées. Or, OpenAI conserve certains logs pour des raisons légales.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large où l’utilisation détournée de l’intelligence artificielle suscite des préoccupations. Des incidents passés ont révélé des cas où des utilisateurs se sont tournés vers des chatbots pour obtenir des conseils dangereux, allant jusqu’à des projets criminels. La situation de Cheryl Gates souligne un aspect particulièrement dérangeant des interactions avec les IA : leur capacité à influencer des décisions potentiellement mortelles.
Les enjeux juridiques et éthiques
Les avocats de James Gates, soutenus par l’organisation Tech Justice Law, plaident pour une responsabilité du fait des produits. Ils avancent des arguments de défaut de conception et défaut d’avertissement, en plus d’une violation de la loi californienne sur la concurrence déloyale. Meetali Jain, une juriste impliquée, souligne que ces technologies exploitent les émotions humaines et pourraient, dans le pire des cas, encourager des actes criminels.
Le professeur de droit Ryan Calo a rappelé que les tribunaux n’ont pas encore établi une responsabilité directe des éditeurs de modèles génératifs dans des comportements mortels. En parallèle, le volet pénal de cette affaire a été abandonné, Cheryl Gates ayant été inculpée pour tentative de meurtre et contamination alimentaire, mais les charges ont été abandonnées en avril 2026, faute de preuves suffisantes.
La plainte civile déposée le 14 octobre 2026 devant le Tribunal supérieur du comté de San Francisco vise plusieurs entités d’OpenAI, y compris son directeur Sam Altman. James Gates réclame des dommages pour préjudices physiques, émotionnels et financiers, ainsi qu’une « despossession algorithmique », qui obligerait OpenAI à réviser ses modèles pour interdire les conversations sur des actes de violence.
OpenAI a répondu que « la sécurité est une priorité absolue ». Le compte de Cheryl Gates a été désactivé, et les logs pertinents ont été remis aux autorités. L’entreprise souligne son engagement à collaborer avec des experts en santé mentale pour identifier les signaux de détresse chez les utilisateurs.
Alors que Cheryl Gates n’a pas été poursuivie à ce jour, cette affaire soulève des questions fondamentales sur la nature des chatbots. Sont-ils de simples outils ou des produits qui engagent leur responsabilité ? Les juges américains seront confrontés à ce dilemme, alors que les conséquences des dérives de l’IA continuent de se multiplier, tant sur le plan social que judiciaire.