L’association Innocence en danger demande une réouverture de l’enquête Epstein en France

La publication récente de millions d’archives liées à l’affaire Epstein a ravivé les interrogations sur les implications de ce dossier en France. Alors qu’Emmanuel Macron a souligné, le 9 février, que cette affaire concernait principalement les États-Unis et que la justice américaine devait faire son travail, l’association « Innocence en danger » s’oppose à cette vision. Elle appelle à une réévaluation des éléments français de l’enquête, en raison des nouvelles informations rendues publiques et de la présence de Jeffrey Epstein sur le territoire français.

EN BREF

  • Innocence en danger réclame une enquête approfondie sur Epstein en France.
  • Des éléments nouveaux renforcent les soupçons sur des activités criminelles en France.
  • Le parquet de Paris n’a pas encore réagi à cette demande de réouverture de l’enquête.

Homayra Sellier, présidente de l’association, a déclaré à l’AFP que l’affaire Epstein ne saurait être cantonnée aux États-Unis, soulignant que des actes potentiellement criminels se seraient également déroulés en France. En juillet 2019, « Innocence en danger » avait déjà alerté le procureur de Paris concernant les agissements de Jeffrey Epstein, ce qui avait conduit à l’ouverture d’une enquête pour « viols » et « agressions sexuelles », notamment sur mineurs.

« Il est crucial que le parquet se saisisse de cette opportunité pour rouvrir l’enquête », a insisté Sellier, faisant référence à la publication de nouveaux documents liés à l’affaire par l’administration américaine. Elle estime que des éléments suffisants étaient déjà présents à l’époque pour mener une enquête approfondie, et que la situation actuelle offre encore plus de raisons de le faire.

Le luxueux appartement de Jeffrey Epstein, d’une superficie de 800 m², situé au 22 avenue Foch dans le 16e arrondissement de Paris, est au cœur de ces préoccupations. Acquis en 2001, cet appartement, où Epstein a séjourné jusqu’à sa mort en 2019, a été perquisitionné lors de l’enquête de 2019, au cours de laquelle des équipements informatiques avaient été saisis.

Deux jours après l’ouverture de l’enquête, un entretien avec l’intendant d’Epstein avait révélé qu’il avait observé de nombreuses femmes dans l’appartement, dont certaines avaient des « relations tarifées » avec lui, sans pour autant attester de faits criminels précis. Un autre témoignage, celui d’un artisan ayant travaillé dans l’appartement entre 2002 et 2005, avait suscité des interrogations, évoquant des photos de jeunes filles exposées dans les lieux.

Un aspect troublant de cet appartement est la présence d’une salle de massage, élément similaire à d’autres propriétés d’Epstein aux États-Unis, où des plaignantes ont fait état d’agressions sexuelles. Virginia Roberts, l’une des victimes, a également affirmé avoir subi des violences à Paris.

Au-delà de ses activités personnelles, l’appartement servait aussi de lieu de réception pour Epstein, qui y recevait des invités issus de divers milieux influents. Parmi les personnes mentionnées figurent l’ancien ministre de la Culture Jack Lang et Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump. Des témoignages du personnel ont également cité le prince Andrew comme ayant séjourné dans cet appartement, bien que ce dernier ait nié avoir été témoin de crimes.

L’association « Innocence en danger » a également exprimé sa préoccupation concernant Jean-Luc Brunel, un proche d’Epstein accusé de viols sur mineurs. Bien qu’il ait été mis en examen, sa mort en février 2022 a mis un terme à toute action publique dans cette affaire. Sellier souligne qu’il reste de nombreuses questions sans réponse, notamment concernant les complices d’Epstein et les mécanismes ayant permis à ce trafic sexuel de prospérer.

À ce jour, le parquet de Paris n’a pas fait de déclaration concernant une éventuelle réouverture du volet français de l’affaire Epstein, laissant planer le doute sur la suite de cette enquête qui pourrait révéler des vérités longtemps enfouies.