Les tensions entre Jack Lang, ancien ministre de la Culture, et Manuel Valls, ancien Premier ministre, ont atteint un point de non-retour. Autrefois alliés sous la même bannière du Parti socialiste, leurs divergences se sont accentuées sur des questions de laïcité et de sécurité, des thèmes devenus centraux dans le discours politique contemporain de la gauche.
EN BREF
- Jack Lang considère les positions de Manuel Valls comme une trahison de l’héritage socialiste.
- Les désaccords portent sur la laïcité, la sécurité et la déchéance de nationalité.
- Lang a finalement soutenu Valls en 2017, malgré leurs profondes divergences.
Cette opposition a été particulièrement mise en lumière lors de la polémique sur les arrêtés anti-burkini en 2016. Jack Lang a dénoncé la position de Manuel Valls, affirmant que sa vision « n’a rien à voir avec la laïcité ». Il a qualifié la réaction du gouvernement d’ »hystérie sécuritaire », s’éloignant ainsi de l’esprit de la loi de 1905, qui prône la séparation des Églises et de l’État.
Pour Lang, la laïcité ne doit pas être utilisée comme un outil de division, mais comme un moyen de garantir les libertés individuelles. Cette interprétation contraste fortement avec celle de Valls, qui adopte une approche plus militarisée de la laïcité. Lang se positionne en tant que gardien de l’héritage mitterrandien, tandis que Valls semble incarner une transition vers une gauche plus sécuritaire, un changement qui, selon Lang, représente une rupture avec les valeurs fondamentales de la gauche.
En 2016, les tensions ont été exacerbées par le projet de déchéance de nationalité pour les binationaux, que Lang a qualifié de « faute historique ». Il a exprimé sa tristesse face à l’évolution de la situation politique et a clairement indiqué qu’il n’était pas en faveur de cette mesure, qui, selon lui, remet en question le droit du sol, principe fondamental de la République française.
Les primaires socialistes de janvier 2017 ont mis en évidence cette fracture au sein du parti. Benoît Hamon a remporté 36,03 % des voix, contre 31,48 % pour Manuel Valls, un signe révélateur d’une base socialiste de plus en plus encline à soutenir une vision plus sociale et libertaire de la gauche. Cette évolution souligne le décalage croissant entre Lang et Valls, malgré le soutien de Lang à ce dernier lors de sa candidature.
Lang, créateur de la Techno Parade, prône une politique culturelle dynamique, en opposition à la vision plus austère de Valls. Un proche de l’Institut du monde arabe a même décrit Valls comme « triste » et dénué de la « furia française » qui caractérisait l’époque de Mitterrand. Alors que Lang continue de gérer un budget de près de 24 millions d’euros par an à l’IMA, il se rapproche progressivement d’Emmanuel Macron, voyant en lui un leader capable de former l’attelage dont l’Europe a besoin.
Cette situation met en lumière deux visions radicalement opposées de la République, celle d’un Jack Lang attaché à un héritage de liberté et d’ouverture, face à un Manuel Valls qui défend une ligne plus sécuritaire, en phase avec les préoccupations d’une partie de l’électorat. Alors que les deux hommes ont partagé un passé commun, leurs chemins semblent désormais irrémédiablement divergents.