Le 23 octobre dernier, le Rassemblement national (RN) a soumis son contre-budget à la presse, lors d’une conférence à la Maison de la chimie à Paris. Marine Le Pen, entourée du député Jean-Philippe Tanguy, a exposé ses propositions d’économies, notamment la réduction des subventions aux associations non considérées comme d’intérêt général. Cette annonce a suscité des interrogations, surtout en ce qui concerne les associations LGBT, qui semblent être épargnées dans le cadre de la politique du parti.
EN BREF
- Le RN adapte sa stratégie pour séduire l’électorat LGBT.
- Marine Le Pen évite de stigmatiser les homosexuels tout en dénonçant l’homophobie dans certains quartiers.
- Les associations LGBT s’inquiètent d’un potentiel pinkwashing et de l’impact d’une victoire du RN sur leurs droits.
Depuis son ascension à la tête du Front national, Marine Le Pen a entrepris un travail de dédiabolisation de son parti, historiquement marqué par des positions homophobes. Ce changement est particulièrement visible dans la manière dont elle aborde les questions relatives à l’homosexualité. Contrairement à son père, Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen opte pour un discours inclusif qui cherche à attirer un électorat de plus en plus sensible aux enjeux sociétaux.
Un sondage récent de l’Ifop révèle que 30 % des hommes homosexuels pourraient voter pour Jordan Bardella lors d’une éventuelle élection présidentielle, plaçant le RN en tête parmi cet électorat. Ce virage stratégique s’est également manifesté lors des débats sur le mariage pour tous en 2013. Bien que Marine Le Pen ait affiché son opposition à cette mesure, elle a pris soin de ne pas se joindre aux manifestations anti-mariage, préférant garder ses distances avec les discours homophobes.
Marine Le Pen a, par ailleurs, dénoncé l’homophobie dans certaines banlieues, en attribuant cette violence à des cultures spécifiques. Cette approche, bien que critiquée pour sa simplification, lui permet de se poser en défenseure des droits des homosexuels, tout en cultivant un discours qui cible d’autres groupes. Sébastien Chenu, vice-président du RN, confirme cette tendance, en affirmant que la menace homophobe ne provient pas des milieux catholiques, mais plutôt d’autres segments de la société.
Ce repositionnement du RN s’inscrit dans un contexte plus large de droitisation de la société française, où les préoccupations sécuritaires semblent désormais surpasser les luttes pour les droits. Matthieu Gatipon-Bachette, ancien porte-parole de l’Inter-LGBT, remarque que la dépolitisation du milieu gay a conduit à une attention accrue sur des questions de sécurité plutôt que sur celles des droits. Ce constat soulève des inquiétudes chez les militants progressistes, qui appellent à une repolitisation des luttes LGBT.
La présence de figures gays au sein du RN, comme Florian Philippot et Sébastien Chenu, a également contribué à cette évolution. Le changement de stratégie a été accentué par des événements médiatiques marquants, tels que l’outing de Philippot, qui a incité Marine Le Pen à se présenter comme une protectrice des homosexuels. Cette dynamique a permis au RN d’intégrer davantage de membres ouvertement homosexuels, notamment à l’Assemblée nationale, où un nombre significatif de députés ne cache pas leur orientation.
Toutefois, cette évolution suscite des réserves au sein des milieux associatifs. Nombre d’entre eux craignent un phénomène de pinkwashing, arguant que le RN n’est pas réellement un allié des personnes LGBT. Des préoccupations émergent quant à la possibilité d’un relâchement des discours homophobes en cas de victoire du RN. Les critiques soulignent que, bien que le parti semble vouloir séduire cet électorat, ses actions au niveau européen montrent un soutien à des régimes hostiles aux droits LGBT.
En résumé, bien que le RN s’efforce de se positionner en défenseur des droits des homosexuels, les inquiétudes persistent quant à ses réelles intentions. Les associations LGBT doivent rester vigilantes face aux promesses du parti, qui pourraient masquer des intentions moins favorables à long terme. Un regard attentif sur les votes et les actions des élus du RN au Parlement européen souligne que leur engagement pour la cause LGBT reste très limité.