Les injonctions à la combativité en oncologie culpabilisent les patients

Dans le cadre d’un entretien, Mandy Simoes, psychologue clinicienne à l’IUCT-Oncopole de Toulouse et cocréatrice du podcast “Vulnérables mais pas coupables”, met en lumière les injonctions qui pèsent sur les patients atteints de cancer. Selon elle, l’idée que se soigner implique de se battre peut être source de culpabilité et de souffrance.

EN BREF

  • Le podcast « Vulnérables mais pas coupables » vise à changer le regard sur le cancer.
  • Les injonctions à être combatives peuvent culpabiliser les patients malades.
  • Les soignants sont invités à accueillir la vulnérabilité des patients sans jugement.

Le podcast, qui a récemment reçu le prix Paroles de patients, aborde le sujet sous un angle innovant. Les psychologues impliqués partagent des témoignages et des réflexions sur les attentes sociétales qui entourent les personnes atteintes de cancer. Des phrases comme « Bats-toi » ou « Le moral, c’est 50 % de la guérison » sont souvent entendues, mais ces injonctions ne sont pas toujours bénéfiques. Elles peuvent renforcer un sentiment de culpabilité chez les patients, les conduisant à s’interroger sur leurs émotions.

Mandy Simoes note que de plus en plus de femmes consultent pour obtenir une validation de leurs sentiments. Elles se demandent si leur tristesse est normale après l’annonce d’une maladie grave, indiquant une pression sociale qui leur suggère qu’elles devraient réagir autrement. Cette culpabilité, liée à la croyance selon laquelle elles auraient pu « fabriquer » leur maladie par leurs émotions ou comportements, est une problématique récurrente.

La « psychologisation » est un concept qui émerge dans ce contexte. Il implique l’idée que des facteurs psychologiques pourraient influencer l’apparition du cancer. Cette notion peut mener à une forme de blâme, où le patient ressent une pression pour adopter un comportement positif. Toutefois, la recherche scientifique n’a pas établi de lien direct entre des états psychologiques particuliers et le développement d’un cancer.

Il est essentiel de reconnaître que ces attentes peuvent être nuisibles. Les patients se retrouvent souvent dans une position où ils se sentent jugés, tant par la société que par les soignants. L’idée que l’on doit « combattre » la maladie peut nuire à la communication entre le patient et le personnel médical. Les soignants, de leur côté, peuvent être influencés par l’idée que les patients doivent afficher un moral à toute épreuve, ce qui peut les amener à minimiser la détresse exprimée par leurs patients.

Il est crucial que les soignants adoptent une approche plus empathique. Mandy Simoes suggère que les médecins devraient privilégier des phrases qui expriment leur engagement à soutenir le patient dans son parcours, plutôt que de le placer dans une position de combattant. Par exemple, dire « Nous allons faire de notre mieux pour vous aider » est plus apaisant et réaliste.

Le podcast a également pour objectif de briser l’isolement ressenti par de nombreux patients. Les témoignages partagés peuvent aider à normaliser les expériences et à valider les émotions des personnes malades. Pour leurs proches, comprendre les enjeux émotionnels des patients peut faciliter un accompagnement plus approprié, en trouvant les mots justes pour exprimer leur soutien.

Pour les soignants, l’écoute du podcast peut également être bénéfique. Certains médecins affirment qu’ils se sentent plus à l’aise pour accueillir la vulnérabilité des patients, ce qui est un pas essentiel vers une meilleure prise en charge. Travailler à une meilleure capacité d’accueil de la souffrance est fondamental dans le soin.

En fin de compte, il n’existe pas de mode d’emploi universel pour accompagner les patients atteints de cancer. Être simplement présent et à l’écoute peut faire une grande différence dans leur parcours. Les questions ouvertes, telles que « Comment puis-je vous aider ? » ou « Que puis-je faire pour alléger votre quotidien ? » sont des approches bien plus constructives que celles qui encouragent à « combattre » la maladie.