La question de la consommation de lactose pour les personnes intolérantes est souvent source de confusion. De récentes recherches mettent en lumière des recommandations surprenantes : il serait conseillé aux intolérants au lactose de continuer à consommer certains produits laitiers pour favoriser l’adaptation de leur intestin. Céline Richonnet, diététicienne nutritionniste au Centre diététique de la femme et de l’enfant, éclaire ce sujet complexe.
EN BREF
- Des études récentes recommandent une consommation progressive de lactose pour améliorer la tolérance.
- Le lactose agirait comme prébiotique, favorisant un microbiote intestinal diversifié.
- Des ajustements alimentaires permettent de mieux gérer les symptômes liés à l’intolérance.
Une perspective renouvelée sur l’intolérance au lactose
Traditionnellement, on a conseillé aux personnes intolérantes au lactose d’éviter complètement les produits laitiers. Toutefois, selon de nouvelles études, cette approche pourrait nécessiter une réévaluation. Les chercheurs suggèrent qu’une consommation contrôlée et progressive peut non seulement améliorer la tolérance au lactose, mais également enrichir le microbiote intestinal.
La principale forme d’intolérance au lactose en France est la malabsorption, touchant environ 30 % de la population. Ce phénomène est lié à une diminution de la production de lactase après l’enfance, l’enzyme nécessaire à la digestion du lactose. Les symptômes typiques incluent des douleurs abdominales et des ballonnements, rendant la consommation de lait difficile pour beaucoup.
Des études prometteuses
Une étude parue dans le American Journal of Clinical Nutrition en mars 2024 a suivi des participants intolérants au lactose qui ont progressivement augmenté leur consommation jusqu’à 25 g de lactose par jour. Les résultats ont été encourageants : ces individus ont montré une amélioration de leur tolérance et une réduction des troubles digestifs, tout en bénéficiant d’une flore intestinale plus équilibrée.
Une autre recherche, publiée dans Nutrition Research en avril 2025, a mis en avant le rôle du lactose comme prébiotique. « Le lactose nourrit certaines familles de bactéries bénéfiques, contribuant ainsi à la diversité de la flore intestinale », explique Céline Richonnet. Cette diversité est essentielle pour la résilience de l’intestin face à divers stress, comme une maladie ou une cure d’antibiotiques.
Adapter son alimentation
Les recommandations actuelles préconisent une augmentation progressive de la consommation de lactose, jusqu’à atteindre 25 g par jour, ce qui équivaut à un yaourt, un bol de lait et une demi-boule de mozzarella. Pour ceux souffrant d’une intolérance plus sévère, limitée à 10 % de la population, il est conseillé de ne pas dépasser 12 g par jour, répartis sur deux prises.
Il est également essentiel de faire les bons choix alimentaires. Par exemple, le lait utilisé dans des préparations cuites, comme les quiches, est généralement mieux toléré que le lait cru. Les produits solides, tels que le fromage blanc ou le skyr, sont souvent plus faciles à digérer que les liquides, car ils libèrent le lactose de manière plus graduelle dans l’intestin. Le yaourt, avec ses ferments probiotiques, est également un bon choix pour ceux qui souhaitent consommer du lactose sans trop de désagréments.
Les FODMAPs et leur impact
Il est important de noter que le lactose appartient à la catégorie des FODMAPs, des glucides qui peuvent causer des troubles digestifs similaires à ceux de l’intolérance au lactose. Céline Richonnet souligne que le protocole de l’université de Monash en Australie peut aider à identifier les véritables sources de symptômes. Ce processus implique une exclusion temporaire des FODMAPs, suivie d’une réintroduction progressive pour déterminer la tolérance individuelle à chaque type de glucide.
Cette méthode permet d’établir un régime alimentaire personnalisé, tenant compte des intolérances spécifiques de chacun. Ainsi, les personnes intolérantes au lactose peuvent envisager une consommation adaptée et éclairée, sans se priver des bienfaits des produits laitiers.