Ce mardi 24 février, le Sénat se penche sur la réforme constitutionnelle qui déterminera l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Ce projet de loi vise à établir un État calédonien, une avancée significative dans le cadre des accords de Bougival signés en juillet 2025, ainsi que de l’Élysée-Oudinot ratifié en janvier dernier.
EN BREF
- Le Sénat examine une réforme pour créer un État calédonien.
- Le FLNKS s’oppose à la réforme, la qualifiant de menaçante.
- Des manifestations ont eu lieu pour faire entendre les préoccupations des opposants.
Cette proposition législative prévoit un report des élections provinciales et envisage des transferts permanents de compétences régaliennes, à l’exception de la sécurité et de la défense. Un projet de relance économique axé sur l’exploitation du nickel, ressource abondante sur l’archipel, est également au cœur des discussions.
Bien que le projet semble avoir des chances de réussir au Sénat, son avenir se complique lorsque l’on se tourne vers l’Assemblée nationale et le Congrès de Versailles, où la majorité des trois cinquièmes requise pour une réforme constitutionnelle n’est pas acquise. Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui n’a pas ratifié les accords de Bougival, s’emploie à affaiblir le texte au Parlement, s’appuyant sur des doutes émis par certains socialistes et membres de La France insoumise.
La semaine dernière, des parlementaires, accompagnés des chefs des groupes socialistes des deux chambres, ont publié une tribune dans Le Monde. Dans celle-ci, ils ont annoncé leur refus de soutenir un texte qu’ils jugent « lourd de menaces et de dangers », tout en appelant à un accord consensuel et inclusif.
Emmanuel Tjibaou, devenu en 2024 le premier député indépendantiste calédonien en quarante ans, a déclaré que le mouvement FLNKS prévoit d’influencer les élections municipales à venir. « Dans les municipales, nous allons chercher des options favorables », a-t-il affirmé, ajoutant que l’objectif est d’augmenter le nombre de communes dirigées par le mouvement. Actuellement, le FLNKS détient 13 des 33 localités de la Nouvelle-Calédonie.
Le 14 février, un rassemblement a été organisé devant le haut-commissariat de la République à Nouméa, attirant environ un millier de personnes selon les organisateurs (400 selon les autorités). Les manifestants cherchaient à faire entendre leur opposition à la réforme constitutionnelle, tandis qu’à Lifou, une vingtaine de personnes se sont également réunies pour exprimer leurs préoccupations.
Le FLNKS a également tenu un meeting à Paris, où Emmanuel Tjibaou a souligné la nécessité de porter le débat sur la pertinence d’un texte qu’il considère « mal ficelé » et qui ne s’inscrit pas dans une véritable démarche de décolonisation.
Rappelons qu’en mai 2024, des émeutes avaient secoué la Nouvelle-Calédonie, causant 14 morts et plusieurs milliards d’euros de dégâts, suite à une précédente réforme constitutionnelle qui visait le dégel du corps électoral de l’archipel.
Les débats actuels au Sénat sont donc cruciaux, car ils pourraient définir un tournant dans le parcours institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, à un moment où les tensions entre les différentes parties prenantes demeurent élevées.