Élections municipales 2026 : vers une parité compliquée dans les petites communes

À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, les règles de composition des conseils municipaux ont été modifiées, imposant une parité stricte entre hommes et femmes. Cette nouvelle obligation, visant à garantir une représentation égale, soulève cependant de nombreuses interrogations, notamment dans les petites communes, où le nombre de candidates se révèle souvent insuffisant.

EN BREF

  • La loi de 2025 impose des listes paritaires pour les élections municipales de 2026.
  • Les petites communes peinent à trouver des candidates pour respecter la parité.
  • Les élus locaux s’interrogent sur la faisabilité de cette réforme à court terme.

Depuis la promulgation de la loi du 21 mai 2025, les conseils municipaux des villes de moins de 1 000 habitants, représentant environ 70 % des communes françaises, doivent désormais comporter autant d’hommes que de femmes. Ce changement vise à uniformiser les règles électorales, mais suscite des difficultés pratiques pour de nombreux maires, en particulier dans les zones rurales.

À Moutiers-au-Perche, par exemple, le maire sortant Pascal Bouvier fait face à un défi de taille : parmi les onze membres de son conseil municipal actuel, quatre seulement sont des femmes, et aucune d’entre elles ne souhaite se représenter. Pour constituer sa liste, il devra donc recruter au moins cinq candidates. Il se heurte à un manque de volontaires, une situation que plusieurs autres maires partagent.

Dans la Somme, Hervé Level, le maire de Cramont, confie également ses inquiétudes. Actuellement, sa municipalité compte une seule femme élue sur onze conseillers, et il lui faudra en trouver quatre supplémentaires. « Je ne vous cache pas qu’il y a du boulot… », admet-il, tout en regrettant que certains de ses collègues masculins soient contraints de céder leurs places.

Les élus ne s’opposent pas au principe de la parité, mais critiquent le calendrier et la méthode de mise en œuvre. Pour eux, imposer une réforme aussi significative à quelques mois des élections apparaît comme une contrainte inappropriée. Jean-Paul Legendre, maire d’Iville, souligne que les conditions d’une élection ne devraient pas changer si près du scrutin. « C’est plus facile de composer des listes dans les grandes villes que dans les communes rurales, où les candidats sont souvent peu nombreux », explique-t-il.

Les témoignages révèlent une réalité préoccupante : le nombre de candidats est en baisse, et les femmes hésitent souvent à se porter volontaires, doutant de leurs compétences. Brigitte Luypaert, maire de Berd’huis, observe cette tendance chez les femmes, notant qu’elles sont souvent moins enclines à croire en elles-mêmes. Alexandre Touzet, maire de Saint-Yon, confirme cette observation, indiquant que 100 % des femmes sollicitées pour rejoindre sa liste expriment des doutes sur leurs capacités, alors que ce phénomène est rare chez les hommes.

Les problèmes de parité ne se limitent pas aux conseillers. Agnès Morice, maire de La Chapelle-au-Moine, se retrouve dans une situation paradoxale. Bien qu’elle ait constitué un conseil municipal paritaire en 2020, tous ses adjoints sont des hommes. L’absence de candidates disposées à assumer ces fonctions complique encore plus la situation. « Être adjoint demande beaucoup de temps et d’investissement, ce que les femmes de la commune n’ont pas forcément », explique-t-elle.

La question de la parité soulève également des interrogations sur la compétence des élus. Plusieurs maires, comme Frédéric De La Rue, craignent que des femmes soient placées sur les listes simplement pour respecter la parité, ce qui pourrait mener à des situations où la compétence est secondaire. « La valeur d’un élu ne se mesure pas à son sexe mais à ses compétences », affirme-t-il.

À l’inverse, certains maires se retrouvent dans des situations où il y a trop de candidates. Joël Marion, à Compans, a toujours respecté la parité sur sa liste, mais pourrait être contraint de choisir entre des femmes compétentes. « Ça peut limiter en compétence », se désole-t-il.

À l’approche des élections, l’inquiétude grandit. Comment s’assurer que la parité ne soit pas un prétexte pour ignorer les véritables enjeux de la politique locale ? Les maires interrogés formulent des souhaits pour l’avenir : que les femmes prennent confiance en leurs capacités et s’engagent davantage dans les affaires publiques. La parité est un premier pas, mais il reste à espérer qu’elle ne soit pas une fin en soi.

Alors que seulement 20 % des maires en France sont des femmes, la véritable question demeure : quelle sera la proportion de femmes élues après le scrutin du 22 mars 2026 ? Une transformation des mentalités reste nécessaire pour que la parité ne soit pas synonyme de difficultés, mais plutôt d’une avancée collective vers une représentation véritablement équilibrée.