Le protoxyde d’azote, autrefois utilisé principalement pour la chantilly, connaît une recrudescence de son usage récréatif, particulièrement chez les jeunes. Ce gaz hilarant, désormais accessible en bonbonnes de grande capacité, suscite des préoccupations croissantes en raison des accidents liés à sa consommation. Ce jeudi, le Sénat examinera une proposition de loi visant à interdire la vente de ce produit aux particuliers.
EN BREF
- Le protoxyde d’azote est de plus en plus consommé par les jeunes, entraînant des accidents graves.
- Une nouvelle loi vise à interdire sa vente aux particuliers au Sénat ce jeudi.
- Les témoignages de jeunes révèlent une banalisation inquiétante de son usage.
Autrefois, les petites cartouches argentées pour siphons à chantilly étaient omniprésentes lors des fêtes étudiantes. Aujourd’hui, ces petites doses ont laissé place à des bonbonnes de 666 grammes, vendues par des dealers sur les réseaux sociaux. Les jeunes témoignent d’une consommation récréative qui semble banalisée, mais qui engendre de graves conséquences sanitaires.
Sur le parking d’une discothèque au nord de Paris, trois jeunes hommes, dont Kassim, 19 ans, expliquent comment ils utilisent le protoxyde d’azote. Kassim tient une bonbonne entre ses jambes et décrit la méthode pour inhaler le gaz : « Regarde, tu branches et tu gonfles ton ballon. » Pour lui, cette expérience est une forme d’évasion : « Ça t’anesthésie, ça te met du gaz dans la tête. »
Leur approvisionnement est facile, accessible via les réseaux sociaux. Kassim montre sa bonbonne, qu’il a achetée pour 20 euros, et explique qu’il peut se la faire livrer en quelques minutes. « C’est la drogue de notre génération », affirme-t-il, en désignant une foule de fêtards qui cherchent également leur dose de gaz. Les bonbonnes, parfois vendues dans les discothèques, sont devenues aussi courantes que les bouteilles de champagne.
Malgré une légère augmentation des chiffres d’expérimentation rapportés par l’Observatoire Français des drogues et des tendances addictives, le protoxyde d’azote est omniprésent dans les soirées. Les jeunes avouent avoir conscience des dangers, mais continuent de consommer. « Je fais du foot et j’ai peur de perdre l’usage de mes jambes », confie Saber, 20 ans, tout en enchaînant les inhalations.
Les risques associés à cette consommation sont alarmants. Le protoxyde d’azote est désormais considéré comme aussi dangereux que des substances comme la cocaïne. En 2025, 522 cas graves d’intoxication ont été signalés au réseau national d’addictovigilance. Les jeunes semblent partager un paradoxe : bien qu’ils reconnaissent les dangers, ils continuent d’utiliser ce gaz sans se soucier des conséquences.
La législation actuelle n’interdit la vente de ce produit qu’aux mineurs. La nouvelle loi qui sera examinée pourrait interdire sa vente à tous les particuliers, en le réservant uniquement à des professionnels ayant un usage légitime. Mais cette mesure suffira-t-elle à endiguer la consommation ? Les jeunes interrogés restent sceptiques. « Le cannabis est interdit et j’en ai toujours fumé », lance Kassim, en haussant les épaules.
Les comportements à risque se multiplient, notamment la consommation au volant. Les jeunes sont conscients des dangers, mais s’affichent souvent avec désinvolture. « Un type qui est sous ballon, il ne réalise pas la vitesse à laquelle il roule », admet Saber. Malgré cela, ils continuent à ignorer les risques, à croire que tant que la loi ne les punit pas, ils peuvent se permettre de consommer.
Alors que la société fait face à une montée des comportements à risque, la question de la régulation du protoxyde d’azote se pose avec acuité. Les témoignages des jeunes, bien que révélateurs des dangers, montrent également une lutte entre le plaisir immédiat et la prise de conscience des conséquences à long terme. La loi en cours pourrait être un premier pas vers une meilleure régulation, mais l’éducation reste essentielle pour changer les mentalités.