Dans un contexte particulièrement sensible, l’accusation a requis, ce vendredi, des peines de vingt ans de réclusion criminelle à l’encontre des deux instigateurs d’une campagne de haine lancée contre Samuel Paty. Ce professeur d’histoire-géographie avait été victime d’un attentat meurtrier le 16 octobre 2020, après avoir montré des caricatures du Prophète lors d’un cours sur la liberté d’expression.
EN BREF
- Demande de peines alourdies à l’encontre des instigateurs de la campagne de haine.
- Samuel Paty a été décapité en 2020 après avoir montré des caricatures.
- Les accusés se défendent de toute intention criminelle.
Les deux hommes, Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, sont jugés pour leur rôle dans la facilitation de l’attentat. Le parquet général a également demandé seize ans d’emprisonnement pour complicité d’assassinat, arguant qu’ils avaient contribué à l’approvisionnement en armes d’Abdoullakh Anzorov, l’auteur de l’attentat, en ayant conscience de son projet terroriste, même s’ils n’en connaissaient pas les modalités précises.
Dans le cadre de ce procès qui se déroule devant la cour d’assises spéciales de Paris, le père d’élève Brahim Chnina, 54 ans, et le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, se défendent en affirmant ne pas avoir eu l’intention de provoquer un attentat. Ils tentent de convaincre le tribunal qu’ils n’avaient pas conscience du danger que leur campagne en ligne faisait peser sur Samuel Paty.
Les deux accusés avaient fait appel de leurs condamnations antérieures à 13 et 15 ans de réclusion. L’accusation, en réclamant des peines plus sévères, a tenu à établir une hiérarchie des responsabilités qui a surpris la défense. Selon une des avocates générales, « on ne reproche pas à Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui des actes préparatoires à l’attentat commis par Anzorov. Ce qui leur est reproché, ce sont des actes préparatoires à tous les Anzorov potentiels ».
Le réquisitoire de l’accusation a également souligné la durée de la cabale, qui s’est étendue sur dix jours, du 7 au 16 octobre 2020. Pendant cette période, « la terreur » s’est installée au sein du collège, bien avant l’intervention d’Anzorov. L’accusation a déclaré que les actions de Chnina et Sefrioui avaient « créé les conditions d’un passage à l’acte terroriste ».
L’impact de cette affaire dépasse largement les simples considérations judiciaires. Comme l’a souligné l’avocate générale, « jamais un dossier de terrorisme n’aura revêtu autant d’enjeux sociétaux ». Elle a appelé la cour à protéger l’école, considérée comme le « fondement de la République ».
En réponse à ces réquisitions, les avocats de la défense ont dénoncé une « arbitraire » dans les demandes de peines. Me Vincent Brengarth, représentant Sefrioui, a déclaré que « l’accusation cherche à faire un exemple » et non à se baser uniquement sur le droit. D’autres avocats, comme Me Louise Tort, ont exprimé leur indignation face à l’augmentation des peines par rapport à celles prononcées en première instance.
Il est important de noter que le crime, qui a profondément choqué la communauté éducative, s’inscrit dans un contexte de tensions autour des questions de la liberté d’expression et du blasphème, ravivées par le procès des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo.
Brahim Chnina a partagé son sentiment d’injustice, rapportant que sa fille avait dû quitter la classe à cause des accusations portées contre Samuel Paty, des accusations qu’elle a démenties. De son côté, Abdelhakim Sefrioui a voulu se positionner comme un défenseur des droits des musulmans, affirmant que le professeur avait stigmatisé les élèves musulmans.
Cette affaire, marquée par des enjeux sociétaux majeurs, soulève des questions complexes sur la liberté d’expression, la responsabilité collective et la réaction de la société face à la radicalisation.