Le secteur industriel européen pourrait trouver un nouvel élan grâce aux applications de l’intelligence artificielle (IA), selon Thomas Saueressig, membre du directoire de SAP. Lors d’une récente déclaration, il a souligné que l’Europe possède les atouts nécessaires pour rivaliser avec les géants américains et chinois, malgré un retard dans le domaine des grands modèles de langage.
EN BREF
- Thomas Saueressig de SAP affirme que l’Europe peut tirer parti de son expertise industrielle en IA.
- L’IA industrielle se concentre sur des applications spécifiques, offrant un potentiel d’optimisation.
- Des collaborations, comme celle entre Deutsche Telekom et Nvidia, visent à renforcer la souveraineté numérique de l’Europe.
Les dirigeants européens ont une occasion unique de se démarquer dans le domaine de l’intelligence artificielle, notamment dans le secteur industriel. Thomas Saueressig, qui joue un rôle clé chez SAP, estime que l’expertise, les données industrielles et les compétences des Européens constituent des atouts majeurs pour développer des solutions d’IA efficaces.
Alors que l’Europe accuse un certain retard face à des acteurs comme ChatGPT et DeepSeek, il est essentiel de souligner que les applications industrielles d’IA sont plus ciblées et moins énergivores. Cela donne aux entreprises européennes une chance d’innover dans des secteurs spécifiques et de trouver des solutions sur mesure.
Les tensions commerciales avec la Chine, souvent accusée de pratiques déloyales, et les répercussions des droits de douane imposés par l’administration Trump ont renforcé la volonté des Européens de se libérer de certaines dépendances. Dans ce contexte, Saueressig insiste sur la nécessité de ne pas se concentrer uniquement sur les grands modèles de langage, mais sur des modèles adaptés à chaque secteur.
Applications industrielles et innovations
Les applications d’IA dans l’industrie sont conçues pour répondre à des besoins spécifiques. Par exemple, elles peuvent être utilisées pour élaborer des plans de construction ou optimiser le câblage électrique des appareils. Cette approche sectorielle est une manière pour l’Europe de se différencier sur le marché mondial.
Les avancées technologiques ne sont pas nouvelles dans les usines, mais l’IA pourrait transformer ces procédés en les rendant plus autonomes. À ce titre, BMW a récemment présenté des robots humanoïdes alimentés par l’IA, qui commenceront à assister à la production de voitures en 2026. Bien que ces développements soient encore modestes, ils illustrent le potentiel d’innovation dans l’industrie européenne.
Le responsable de la production chez BMW, Milan Nedeljkovic, a souligné l’importance d’évoluer vers une IA autonome capable de prendre des décisions dans le cadre de la production. Ce type d’innovation pourrait révolutionner la manière dont les usines fonctionnent et améliorer l’efficacité générale.
Souveraineté numérique et défis à relever
Des initiatives comme celle du partenariat entre Deutsche Telekom et Nvidia, qui vise à créer un hub d’IA industrielle, sont également des signes encourageants. Ce projet ambitionne d’aider les entreprises européennes à adopter ces technologies tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des grands acteurs technologiques chinois et américains.
La souveraineté numérique est devenue une priorité pour l’Europe, non seulement pour ne pas rater le coche dans un marché en pleine expansion, mais aussi pour protéger les données des citoyens en les conservant sur le continent. Selon Saueressig, la demande pour des solutions garantissant cette indépendance est en forte croissance au sein de SAP, qui propose une large gamme de logiciels d’entreprise.
Cependant, des défis subsistent. La puissance de calcul des centres de données européens reste limitée par rapport à celle des États-Unis et de la Chine. De plus, la concurrence des industries chinoises représente une menace pour l’économie allemande, traditionnellement axée sur les exportations vers ce marché.
Antonio Krüger, directeur du Centre allemand de recherche pour l’intelligence artificielle, reste toutefois optimiste. Il rappelle qu’il est encore trop tôt pour juger de l’avenir de l’Europe dans cette course technologique. L’issue n’est pas écrite, et de nombreuses opportunités demeurent à explorer.