Des chercheurs découvrent le rôle des tanycytes dans l’apparition de la maladie d’Alzheimer

La maladie d’Alzheimer, encore mystérieuse dans son origine, continue de susciter de nombreuses recherches. Des scientifiques de l’Inserm, de l’Université de Lille et du CHU de Lille ont récemment mis en lumière le rôle crucial des tanycytes dans le processus d’accumulation de la protéine Tau, un facteur clé de cette pathologie. Cette découverte pourrait ouvrir de nouvelles voies dans la compréhension et le traitement de la maladie.

EN BREF

  • Les tanycytes jouent un rôle clé dans le transport de la protéine Tau dans le cerveau.
  • Leur dégradation pourrait contribuer à l’apparition de la maladie d’Alzheimer.
  • Cette découverte ouvre des perspectives pour des thérapies ciblées et préventives.

La maladie d’Alzheimer est marquée par des lésions cérébrales qui se développent plusieurs décennies avant l’apparition des premiers symptômes. Comme l’indique la Fondation Vaincre Alzheimer, ces lésions sont principalement dues à l’accumulation de deux protéines anormales : la bêta-amyloïde, qui s’accumule entre les neurones, et la protéine Tau, qui s’accumule à l’intérieur des neurones.

Dans une étude parue dans la revue Cell, les chercheurs ont étudié les tanycytes, des cellules cérébrales qui établissent des échanges entre le cerveau, le sang et le liquide céphalorachidien. Connues pour leur rôle dans le transport d’hormones, les tanycytes pourraient également être impliquées dans l’accumulation de la protéine Tau, un élément central dans la maladie d’Alzheimer.

Les scientifiques ont d’abord établi que les tanycytes sont impliquées dans le transport de la protéine Tau. Ils ont émis l’hypothèse que ces cellules capturent la Tau, puis la relarguent dans le sang. Cette hypothèse a été confirmée lors des expériences menées sur des modèles animaux. “Nous avons démontré que les tanycytes représentent la voie principale d’évacuation de la protéine Tau du cerveau vers la circulation sanguine”, indique le communiqué de presse diffusé par l’Inserm.

Dans un second temps, les chercheurs ont observé que chez des souris ayant subi un blocage de l’activité des tanycytes, les symptômes de démence apparaissaient plus tôt, illustrant ainsi l’importance de ces cellules dans la progression de la maladie. Ces observations ont été corroborées par des analyses réalisées sur le cerveau de personnes décédées des suites de la maladie d’Alzheimer, où la présence de la protéine Tau dans les tanycytes a été confirmée.

Les résultats ont également révélé que les tanycytes des patients étaient endommagées, avec des prolongements fragmentés, ce qui entrave leur capacité à communiquer avec le liquide céphalorachidien et le sang. Vincent Prévot, directeur de recherche à l’Inserm et auteur de l’étude, souligne : “Nos résultats montrent de façon inédite la capacité des tanycytes à transporter la protéine Tau et leur importance dans la physiopathologie de la maladie d’Alzheimer. La dégradation de ces cellules pourrait ainsi contribuer à la maladie.”

Cette recherche pourrait permettre d’identifier les tanycytes comme une nouvelle cible thérapeutique. En effet, bloquer ces cellules défectueuses pourrait offrir un moyen de prévenir la progression de la maladie. Vincent Prévot pose la question : “Et si la préservation de la santé de ces cellules permettait, à terme, d’empêcher le développement de la maladie ?”

Les implications de ces découvertes sont vastes et suggèrent que des stratégies préventives pourraient être mises en place, centrées sur le maintien de la santé des tanycytes. À l’heure où la recherche sur la maladie d’Alzheimer est plus cruciale que jamais, ces avancées ouvrent la voie à de nouvelles approches thérapeutiques.