Le maire Les Républicains (LR) de Menton, Yves Juhel, a été condamné vendredi 18 octobre 2024 à Marseille à une peine d’un an de prison ferme, assortie de deux ans avec sursis, dans le cadre d’une affaire de détournements de fonds publics. Ce jugement met un coup dur à la vie politique de la cité des Alpes-Maritimes, alors que les élections municipales approchent.
EN BREF
- Yves Juhel condamné à un an de prison ferme pour détournement de fonds publics.
- Son ancien adjoint, Mathieu Messina, écope de trois ans de prison ferme.
- Une élection municipale complexe se profile pour la ville.
Âgé de 80 ans, M. Juhel ne se représentera pas aux prochaines élections municipales. La cour l’a également condamné à dix ans d’inéligibilité, à une interdiction d’exercer toute fonction publique pendant cinq ans, ainsi qu’à une amende de 60.000 euros. La confiscation de 44.000 euros a également été ordonnée, montant saisi sur un compte bancaire.
Les faits reprochés au maire concernent des détournements de fonds liés aux ports de Menton, pour lesquels il a été reconnu coupable. En revanche, il a été relaxé des accusations concernant des frais de campagne de 4.500 euros, prélevés sur le budget communal. La peine de prison ferme qu’il a reçue sera purgée à domicile, sous bracelet électronique.
Dans un moment de déception, M. Juhel a évoqué un possible appel de la décision, exprimant son accablement face à la situation. « Monsieur Messina a réussi à me faire tomber avec lui », a-t-il déclaré, en référence à son ancien adjoint aux finances, accusé d’avoir orchestré le détournement de fonds.
Mathieu Messina, quant à lui, a été condamné à trois ans de prison ferme et a reçu une amende de 400.000 euros. Un mandat d’arrêt a été émis à son encontre, car il n’était pas présent lors de l’audience. Des proches ont rapporté qu’il était aux côtés de son avocate, hospitalisée après un malaise. Messina a été reconnu coupable d’avoir détourné près de 900.000 euros, bien qu’il ait admis n’en avoir détourné que 500.000. Il a justifié ses actes en affirmant qu’il exerçait un rôle non rémunéré et qu’il devait compenser ses efforts.
Le train de vie extravagant de M. Messina a également été mis en lumière, incluant des dépenses somptuaires pour des voyages, des locations de véhicules et des frais de restauration luxueux, tels que caviar et champagne. Il a également été accusé d’avoir émis des factures frauduleuses pour couvrir des dépenses de campagne d’Yves Juhel.
Dans cette affaire, Éric Le Floch, l’ex-directeur des services de la ville de Menton et lanceur d’alerte, a été relaxé. « La justice a fait ce qu’elle avait à faire », a-t-il déclaré, ému après le verdict. Par ailleurs, quatre proches de Messina ont également été condamnés, avec des peines allant de 12 à 15 mois de prison avec sursis, accompagnées d’amendes variant de 3.000 à 30.000 euros.
Cette affaire des ports a pesé lourdement sur la vie politique de Menton, une ville stratégique entre Monaco et l’Italie. Yves Juhel avait été élu maire en 2021 à la suite du décès de son prédécesseur, Jean-Claude Guibal, qui avait dirigé la ville pendant trois décennies. Son élection, soutenue par le baron local Christian Estrosi, avait été contestée par Sandra Paire, une autre candidate LR, qui avait également été proche d’Éric Ciotti.
La condamnation de M. Juhel intervient à un moment critique, à quelques mois des élections municipales de mi-mars. La députée du Rassemblement National, Alexandra Masson, apparaît désormais comme une candidate de choix, soutenue par des figures de l’extrême droite comme Éric Ciotti et Jordan Bardella. Deux anciens adjoints de M. Juhel, Sandra Paire et Florent Champion, préparent chacun leur liste, alors que M. Juhel a choisi de soutenir Louis Sarkozy, le fils de l’ancien président, qui entre en politique dans un contexte incertain.
La situation à Menton reste donc tendue, alors que le paysage politique se redessine et que des enjeux de confiance et de légitimité se posent pour l’avenir de cette municipalité.