Une IA candidate aux législatives colombiennes pour représenter les communautés indigènes

Imaginez entrer dans un isoloir et découvrir un bulletin de vote portant le nom d’une intelligence artificielle. C’est ce que vivront les électeurs colombiens lors des élections législatives de ce dimanche 8 mars. Ce phénomène, qui pourrait sembler tiré d’un scénario de science-fiction, devient réalité avec la candidature de « Gaitana », une IA inscrite sur les listes officielles.

EN BREF

  • Gaitana, une IA, est candidate aux élections législatives colombiennes.
  • Elle vise à représenter les communautés indigènes, sous l’impulsion de l’ingénieur Carlos Redondo.
  • Un vote numérique permettra aux citoyens de décider des lois à voter au Congrès.

Gaitana se présente sous les traits d’une femme à la peau bleue, vêtue d’un pagne de plumes, et se définit comme « écologiste » et « militante pour les droits des animaux ». Son nom fait référence à une figure emblématique de l’histoire amérindienne, une dirigeante qui a mené la résistance contre les conquistadors espagnols au XVIe siècle. Sur les réseaux sociaux, elle promet de porter la voix des communautés indigènes, un engagement qui évoque des aspirations de justice et de représentation.

Ce candidat virtuel choisit des méthodes modernes pour mener sa campagne. Contrairement aux pratiques traditionnelles, Gaitana « ne fait pas campagne sur les places publiques et ne serre pas de mains », comme l’indique le quotidien El Colombiano. Au lieu de cela, elle interagit via une interface numérique, incarnant une approche inédite dans la politique colombienne, où les décisions ne sont plus le fait d’un individu seul, mais d’une communauté interconnectée.

La conception de Gaitana a été initiée par Carlos Redondo, un ingénieur colombien qui utilise cette IA comme plateforme pour promouvoir sa propre candidature au Sénat. Il s’est fixé pour objectif de numériser les processus démocratiques traditionnels, qui n’ont pas évolué depuis plus de huit siècles au sein des communautés Zenú. Son ambition est de « mettre le Congrès entre les mains du peuple », en utilisant des données pour légiférer.

Le mécanisme imaginé repose sur une plateforme numérique qui consultent directement les citoyens. Lorsqu’un projet de loi doit être voté, l’opérateur télécharge le texte sur la plateforme. Gaitana le résume en infographies et l’envoie à la communauté, qui peut alors voter. Le législateur s’engage à voter conformément à la décision collective, un modèle qui n’a pas manqué d’interpeller les experts.

Initialement, la candidature de Gaitana avait été rejetée par le Conseil national électoral (CNE) pour des raisons d’inconstitutionnalité. Toutefois, le projet a été adapté : un candidat humain, Carlos Redondo, a été officiellement inscrit, tout en promettant de voter en fonction des décisions prises par les utilisateurs sur la plateforme. Une sociologue, Alba Luz Rincón, se présente également sous l’étiquette Gaitana pour la Chambre des représentants.

Cette initiative a été reconnue comme « innovation politique de l’année » par l’université Externado à Bogotá. Helene Landemore, chercheuse à l’Institut d’éthique de l’IA de l’université d’Oxford, a salué cette démarche comme une potentielle solution à la sous-représentation des populations indigènes. Toutefois, elle met en garde contre les dangers d’une réelle prise de pouvoir par des IA.

À l’issue de ces élections, le nouveau Parlement, ainsi que le nouveau président de la Colombie, prendra ses fonctions le 7 août prochain. Le président sortant, Gustavo Petro, ne peut pas se représenter en raison des dispositions constitutionnelles. Le succès de Gaitana pourrait marquer un tournant dans la manière dont les voix des communautés marginalisées sont entendues au sein du processus législatif.