Alors que le conflit au Moyen-Orient entre dans son douzième jour, il est pertinent d’examiner les positions de deux grandes puissances, la Russie et la Chine, qui adoptent des approches diamétralement opposées. La Russie, isolée sur la scène internationale, et la Chine, dépendante des importations énergétiques, naviguent dans des eaux troubles, chacun avec des intérêts distincts.
EN BREF
- La Russie bénéficie d’une hausse des prix des hydrocarbures liée au conflit.
- La Chine, premier importateur mondial de pétrole, appelle à la fin des hostilités.
- Les intérêts stratégiques de Moscou et Pékin divergent fortement dans ce contexte.
La Russie, en dépit de son soutien historique à l’Iran, se trouve dans une position ambivalente. Bien qu’elle ne participe pas directement aux combats, Moscou semble tirer profit du conflit. Les médias américains rapportent que des informations de géolocalisation sur des infrastructures stratégiques sont fournies à l’Iran, mais l’implication militaire reste absente. En revanche, le pays profite de la flambée des prix du pétrole, qui a dépassé les 100 dollars le baril pour la première fois depuis le début de l’offensive en Ukraine. Cette situation pourrait générer des revenus budgétaires considérablement supérieurs aux prévisions.
Le baril de pétrole de l’Oural, une référence pour le brut russe, a enregistré une augmentation d’environ 60 %, atteignant 90 dollars. Chaque hausse de 11 dollars au-delà du seuil budgétaire de 59 dollars pourrait rapporter 28 milliards de dollars supplémentaires d’ici la fin de l’année, selon des estimations. La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, par où transite une part significative des approvisionnements mondiaux en pétrole, renforce la position de la Russie en matière d’exportations.
Parallèlement, la guerre au Moyen-Orient détourne l’attention internationale du conflit en Ukraine, permettant à la Russie de renforcer ses capacités militaires tout en profitant de la demande accrue en matériel militaire dans la région. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a souligné que « jusqu’à présent, il n’y a qu’un seul gagnant dans cette guerre : la Russie ». Ce conflit lui offre non seulement des ressources financières, mais aussi des opportunités d’armement qui auraient pu être destinées à l’Ukraine.
En revanche, la Chine, qui représente le premier importateur mondial de pétrole, fait face à une situation plus délicate. Avec environ 50 à 55 % de ses importations de pétrole provenant du Moyen-Orient, dont 15 % d’Iran, Pékin est particulièrement vulnérable aux fluctuations des prix. Pour l’Iran, la Chine constitue un marché essentiel, représentant 90 % de ses exportations pétrolières. La hausse des coûts énergétiques pourrait donc avoir des répercussions politiques significatives pour le régime communiste chinois, qui reste fortement dépendant de l’énergie pour soutenir sa production industrielle.
Pour atténuer l’impact de la crise, la Chine a commencé à multiplier les appels à un cessez-le-feu. L’émissaire chinois pour le Moyen-Orient, Zhai Jun, a exhorté toutes les parties à cesser les hostilités afin d’éviter des dommages supplémentaires aux populations locales. Le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, a même affirmé que la guerre « n’aurait jamais dû avoir lieu », remettant en question l’approche militariste des États-Unis.
Cependant, la Chine évite de se positionner trop ouvertement contre les États-Unis, son principal rival économique. Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l’Ifri, a souligné que la Chine préfère rester en dehors des conflits internationaux tout en exprimant ses positions diplomatiques. Elle se prépare également à un sommet important avec les États-Unis prévu fin mars, ce qui complique encore davantage sa réaction face à la guerre en Iran.
En somme, la Russie et la Chine, bien que toutes deux affectées par le conflit en Iran, adoptent des stratégies distinctes. Alors que Moscou semble tirer profit de la situation, Pékin cherche à préserver ses intérêts énergétiques et à éviter un affrontement direct avec les États-Unis, naviguant ainsi sur un terrain diplomatique complexe et incertain.