Le procès historique qui voit s’affronter des plaignants contre les géants des réseaux sociaux, Meta et YouTube, entre dans sa phase décisive. Ce jeudi à Los Angeles, les avocats des deux parties ont présenté leurs arguments finaux devant le jury. Ce procès est le premier à examiner si les plateformes sociales peuvent être tenues responsables de l’addiction des jeunes utilisateurs à leurs applications.
EN BREF
- Les jurés démarrent leurs délibérations demain sur la responsabilité des réseaux sociaux.
- Ce procès pourrait établir un précédent pour des milliers de litiges similaires.
- La conception des applications est au cœur des débats, et non leur contenu.
Ce procès, qui se termine ce vendredi, pourrait avoir des répercussions majeures sur l’industrie des réseaux sociaux. Les 12 jurés doivent établir si la conception des applications Instagram et YouTube a joué un rôle substantiel dans les troubles psychologiques de la plaignante, Kaley G.M, une jeune femme de 20 ans. Son histoire, marquée par un contexte familial difficile, a été au centre des débats judiciaires, et ce, depuis le début de l’audience.
Kaley a témoigné avoir commencé à utiliser YouTube à l’âge de 6 ans, puis Instagram à 9 ans. Elle a évoqué comment ces plateformes ont exacerbé son anxiété, sa dépression et même ses pensées suicidaires. Son avocat, Mark Lanier, a utilisé une métaphore puissante en plaçant un simple cupcake sur la table du jury, pour illustrer que, bien que la présence des réseaux sociaux ne soit pas l’unique cause de ses troubles, elle a pu en être un « facteur substantiel ».
La défense, représentée par Paul Schmidt, a contre-attaqué en affirmant que les problèmes de Kaley étaient liés à des circonstances familiales et qu’aucun des thérapeutes n’avait attribué ses troubles à l’utilisation des réseaux sociaux. « La seule tâche du jury est de décider si ces difficultés auraient existé sans Instagram », a-t-il déclaré.
Mark Zuckerberg, le patron de Meta, a également été entendu lors de ce procès. Sa comparution, qui a duré six heures, a été une première devant un jury populaire. Il a reconnu que son entreprise aurait pu agir plus tôt pour protéger les jeunes utilisateurs, tout en maintenant que Meta ne cherche plus à maximiser le temps passé par les utilisateurs sur ses plateformes.
Ce procès n’est qu’un des nombreux litiges en cours. Un autre procès test est prévu à Los Angeles cet été, tandis qu’une procédure nationale regroupant plusieurs plaintes similaires est examinée par un juge fédéral. Les avocats représentant les plaignants estiment déjà avoir gagné une bataille, indépendamment du verdict de ce premier dossier. « Ils doivent gagner chaque procès pour protéger leur modèle économique prédateur », a affirmé Laura Marquez-Garrett, avocate du Social Media Victims Law Center.
Les débats ont également mis en lumière des documents internes de Meta et YouTube, discutant de la conception de leurs outils et des préoccupations concernant l’accès des enfants à leurs plateformes. Pendant ce temps, YouTube a tenté de se distancier des accusations en se comparant à la télévision, affirmant qu’ils ne souhaitent pas que quiconque soit dépendant de quoi que ce soit.
Les conséquences de ce procès pourraient bien redéfinir la responsabilité des réseaux sociaux face à la santé mentale de leurs utilisateurs, en particulier les plus jeunes. Alors que les jurés s’apprêtent à délibérer, l’attention est désormais tournée vers leur verdict, qui pourrait avoir un impact durable sur l’industrie.