Les récents événements au Moyen-Orient, marqués par des attaques iraniennes, plongent les monarchies du Golfe dans une situation économique précaire. Ces pays, qui s’efforcent de diversifier leurs économies au-delà du pétrole, subissent de plein fouet les conséquences d’un conflit qui fragilise leurs fondements.
EN BREF
- Les frappes iraniennes aggravent la crise économique des monarchies du Golfe.
- Le secteur pétrolier subit des réductions de production, impactant les revenus.
- Les tensions menacent la confiance des investisseurs et le tourisme dans la région.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février 2026, les pays du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Bahreïn, Oman et le Koweït, font face à des frappes de drones et de missiles iraniens. Ces attaques ont déjà causé des pertes humaines, avec 26 victimes, dont 11 civils, selon les autorités locales. Cette escalade de violence fragilise les économies de ces États, réputées pour leur stabilité relative.
Camille Lons, directrice adjointe du bureau parisien du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), évoque un « possible cataclysme » économique pour la région. Plusieurs infrastructures énergétiques ont été ciblées par des attaques, conduisant QatarEnergy à suspendre sa production de gaz naturel liquéfié dès le 2 mars. Le détroit d’Ormuz, qui représente un passage crucial pour 20 % de la production mondiale de pétrole, est particulièrement menacé. Cette ressource est essentielle, représentant en moyenne 40 % du PIB des pays du Golfe.
En réponse à cette crise, les pays de la région ont décidé de réduire leur production pétrolière d’au moins 10 millions de barils par jour. Bien que cette décision entraîne une perte de revenus immédiats, la hausse des prix compense partiellement cette baisse, explique Camille Lons. Les stratégies diffèrent selon les pays : l’Arabie saoudite et les Émirats disposent de réserves et d’infrastructures leur permettant de contourner certains blocages.
À long terme, la guerre pourrait inciter d’autres nations à diversifier leurs sources de pétrole ou à intensifier leurs investissements dans les énergies renouvelables, ce qui reste une menace pour l’économie des monarchies du Golfe. Ces États sont déjà engagés dans un processus de diversification économique pour préparer l’avenir, face à une demande mondiale en baisse et à une transition énergétique inéluctable.
À Dubaï, par exemple, un écosystème logistique a été développé autour du port de Jebel Ali, faisant de la ville un carrefour de transport international. Cependant, cette économie, qui dépend de la confiance des investisseurs, pourrait être mise à mal si la région est perçue comme instable. Des multinationales ont déjà commencé à évacuer leur personnel, à la suite des menaces iraniennes ciblant les centres économiques.
La population expatriée dans les monarchies du Golfe, représentant près de 90 % des habitants aux Émirats, subit également ce climat d’incertitude. Parmi eux, de nombreux Français, dont près de 40 000, sont présents pour des raisons économiques. Si la situation économique se dégrade, leur motivation à rester pourrait disparaître, souligne Camille Lons.
Le secteur du tourisme, primordial pour la région, est également en danger. En 2025, environ 100 millions de visiteurs ont été enregistrés au Moyen-Orient, mais les prévisions de croissance pour 2026, initialement de 13 %, pourraient chuter de 11 à 27 % à cause de la guerre. Les investissements immobiliers, bien que soutenus par des fonds souverains locaux, dépendent également de l’apport d’intervenants étrangers, qui pourraient se retirer en cas d’instabilité.
Enfin, l’impact de la guerre touche également le secteur de l’intelligence artificielle, avec des infrastructures critiques déjà ciblées par des attaques. Face à cette situation complexe, les pays du Golfe tentent de gérer leur réputation à l’international, y compris par des mesures répressives contre les publications jugées nuisibles.
Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient pourraient donc se révéler dévastatrices pour les monarchies du Golfe, confrontées à un avenir incertain tant sur le plan économique que social.