Le 15 mars 2026, le Kazakhstan a largement approuvé une nouvelle Constitution lors d’un référendum, malgré les critiques sur son caractère controversé. Les autorités affirment que cette réforme vise à démocratiser le pays, mais elle est perçue par beaucoup comme un moyen de renforcer la mainmise du président Kassym-Jomart Tokaïev.
EN BREF
- 86,7% à 88,6% des électeurs ont approuvé la nouvelle Constitution.
- Des critiques soulignent une concentration accrue des pouvoirs entre les mains du président.
- La participation au référendum a atteint 73,24%, soutenue par une campagne médiatique intense.
Selon les sondages réalisés à la sortie des urnes, le soutien à la nouvelle Constitution oscille entre 86,7% et 88,6%. Cette réforme s’inscrit dans un contexte de tensions politiques, notamment suite aux émeutes de janvier 2022, où 238 personnes avaient perdu la vie. Kassym-Jomart Tokaïev, président depuis 2019, a promis un Kazakhstan juste et une libéralisation du système politique.
Le président Tokaïev a affirmé que cette nouvelle Constitution marquait l’abandon d’un régime super-présidentiel en faveur d’une république présidentielle dotée d’un Parlement plus influent. Toutefois, les amendements adoptés soulèvent des inquiétudes quant à l’équilibre des pouvoirs. Par exemple, le président pourra nommer directement des chefs de postes stratégiques, comme ceux de la Banque centrale et des services secrets, sans l’approbation du Sénat, qui sera supprimé.
La participation au référendum a été de 73,24%, soutenue par une campagne qui a impliqué des personnalités célèbres, allant d’artistes à des athlètes. Des pratiques telles que la distribution de cadeaux aux électeurs ont été observées, des éléments courants dans les scrutins de la région, où la transparence est souvent remise en question.
Les critiques de la nouvelle Constitution se sont heurtées à des représailles. Des personnes ayant exprimé des doutes sur les réseaux sociaux ont été convoquées par la police, tandis que des journalistes ayant publié des sondages ont reçu des amendes. Tokaïev a réagi en qualifiant les opposants d’« ayant franchi la ligne rouge », affirmant qu’ils ne comprenaient pas les bénéfices des nouvelles mesures.
Ainsi, pour Achirbek Berdibekov, logisticien de 60 ans à Almaty, il est essentiel qu’un citoyen kazakh soutienne la politique du pays. Cependant, des experts comme Viktor Kovtounovski estiment que ces changements sont davantage une consolidation du pouvoir qu’une véritable avancée démocratique. Il décrit les amendements comme une tentative de démanteler les concessions libérales qui avaient été accordées sous la pression des manifestations de 2022.
Le projet de réforme constitutionnelle a été élaboré dans un délai très court, ce qui, selon Kovtounovski, laisse penser à une préparation rapide pour une transition de pouvoir. La création d’un poste de vice-président, qui pourrait être perçu comme le successeur de Tokaïev, est l’une des principales nouveautés de cette réforme.
Dans un contexte régional où les ex-républiques soviétiques tendent à valider les décisions de leurs dirigeants par des scrutins, la situation au Kazakhstan soulève des questions sur l’avenir de sa gouvernance et sur les véritables intentions derrière ces réformes constitutionnelles. Le président, qui aura bientôt 73 ans, a promis de ne pas se représenter en 2029.