Le Parlement birman a tenu sa première session depuis le coup d’État militaire de 2021, marquant une étape cruciale dans la réorganisation politique du pays. Cette réunion, qui s’est déroulée à Naypyidaw, a été dominée par le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (PUSD), favorable à l’armée, qui a remporté une large majorité lors des élections controversées de décembre et janvier.
EN BREF
- Le Parlement birman s’est réuni pour la première fois depuis le coup d’État de 2021.
- Le PUSD, pro-junte, a remporté plus de 80% des sièges lors des élections contestées.
- Des parlementaires en exil affirment que leur gouvernement reste légitime.
Ce rassemblement a été marqué par l’élection de Nanda Kyaw Swar, député du PUSD, au poste de président de la chambre basse. Les membres de la chambre haute devront également élire leur président dans les jours à venir. Ces élections, qui ont été organisées dans un climat de répression et d’opposition, ont vu la majorité des sièges attribués à des candidats pro-militaires, conformément à la constitution imposée par les militaires.
Les législatives de 2020, qui avaient vu la victoire écrasante du parti d’Aung San Suu Kyi, ont été annulées par la junte après le coup d’État. La lauréate du prix Nobel de la paix a été arrêtée, et son parti dissous, déclenchant ainsi une guerre civile qui perdure depuis. Les récentes élections ont suscité des critiques internationales, tant pour leur processus que pour leur résultat, en raison de l’absence de voix dissidentes et de la forte répression des opposants.
Alors que les députés pro-junte prenaient place dans l’enceinte du Parlement, des parlementaires en exil, issus du scrutin de 2020, se sont réunis en ligne, affirmant que leur « gouvernement d’unité nationale » (NUG) est le seul pouvoir légitime. Duwa Lashi La, président par intérim du NUG, a dénoncé les élections comme étant frauduleuses et a averti que la réunion des nouveaux députés ne doit pas être perçue comme une avancée politique légitime.
Les experts politiques s’accordent à dire que la nouvelle assemblée ne représente pas une véritable évolution démocratique. Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains en Birmanie, a décrit cette situation comme une « junte militaire sous des habits civils ». Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, pourrait bien adopter le rôle de président, tout en continuant à diriger l’armée, soulevant ainsi des interrogations quant à la véritable nature du pouvoir en place.
L’histoire de la Birmanie est marquée par la domination militaire, ayant oscillé entre des périodes de régime militaire et des tentatives de démocratisation entre 2011 et 2021. Les réformes de cette dernière décennie avaient initialement suscité de l’espoir, mais le coup d’État de 2021 a brutalement interrompu ce processus, plongeant le pays dans un contexte de violence et d’instabilité.
Le PUSD, qui a été fondé par un ancien général, est composé de nombreux anciens hauts gradés de l’armée. Avec plus de 80% des sièges remportés lors des dernières élections, il semble prêt à établir un contrôle renforcé sur le pays, malgré les tentatives de résistance et de rejet de la part des mouvements pro-démocratie et des minorités ethniques.
La situation actuelle en Birmanie soulève de nombreuses questions quant à l’avenir politique et social du pays, et à la possibilité d’un retour à une véritable démocratie. Le chemin semble encore long pour les partisans de la démocratie, alors que la communauté internationale observe avec inquiétude l’évolution de la situation.