Procès historique d’un djihadiste français pour génocide des Yazidis en France

Le procès par défaut du jihadiste français Sabri Essid, soupçonné d’avoir participé au génocide de la minorité religieuse yazidie en Syrie, a débuté ce lundi 16 mars 2023 devant la cour d’assises de Paris. Il s’agit d’un moment marquant, car c’est le premier procès en France lié à ce génocide.

EN BREF

  • Sabri Essid est jugé pour génocide et crimes contre l’humanité.
  • Trois femmes yazidies sont parties civiles au procès.
  • Le procès s’inscrit dans un cadre plus large de poursuites en Europe contre des membres de l’EI.

Né en 1984 à Toulouse, Sabri Essid était considéré comme présumé mort. Il sera jugé jusqu’à vendredi pour génocide, crimes contre l’humanité et complicité de ces crimes, qui auraient eu lieu entre 2014 et 2016. Trois femmes yazidies participeront activement au procès, dont deux témoigneront à la barre, apportant un éclairage direct sur les atrocités vécues.

Essid, une figure clé du jihadisme, était proche des frères Clain – les voix de la revendication des attentats du 13-Novembre 2015 – ainsi que de Mohamed Merah, auteur de plusieurs tueries en 2012. En 2014, il avait rejoint les rangs de l’État islamique (EI) en Syrie, où il aurait été tué en 2018, sans que les circonstances de sa mort soient confirmées.

En l’absence de preuves formelles de son décès, il est jugé par une cour d’assises composée de trois juges professionnels, sans jury populaire. Ce choix souligne la gravité des accusations portées contre lui, notamment en ce qui concerne les violences infligées à la population yazidie.

La communauté yazidie, minorité kurdophone respectant une religion pré-islamique, a subi des violences extrêmes, notamment des viols, des enlèvements et des traitements inhumains, de la part des jihadistes de l’EI qui les considèrent comme des hérétiques. Le 3 août 2014, une attaque coordonnée des combattants de l’EI a visé la région du Sinjar, entraînant la mort, la capture ou le déplacement de 400 000 Yazidis.

Les juges d’instruction ont affirmé que Sabri Essid, connu en Syrie sous le nom d’Abou Dojanah al-Faransi, s’est « entièrement associé à la politique d’asservissement » de cette communauté. Il aurait personnellement mis en œuvre des actes de violence, incluant l’achat de captives yazidies sur des marchés et les soumettant à des actes d’« esclavage sexuel », ainsi qu’à des mauvais traitements, les privant de nourriture et d’eau.

Son parcours criminel est marqué par une condamnation en France en 2009 à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste. Fils d’un compagnon de la mère de Mohamed Merah, il a été impliqué dans des activités terroristes dès son jeune âge.

Sabri Essid s’est rendu en zone irako-syrienne début 2014, où il a été rejoint par sa femme et leurs enfants. Il figure dans une vidéo de propagande de l’EI diffusée en mars 2015, où il incitait son beau-fils, âgé de 12 ans, à exécuter un otage. Son épouse, incarcérée depuis son retour en France, doit également témoigner lors du procès.

Bien que ce procès soit le premier du genre en France, il reflète une tendance plus large en Europe. Plusieurs condamnations de membres de l’EI pour le génocide des Yazidis ont déjà eu lieu, notamment en Allemagne en 2021, suivies par des jugements en Suède et en Belgique. Un autre procès lié à ce génocide est prévu à Paris en 2027, concernant Abdelnasser Benyoucef, émir de l’EI présumé mort, et son ancienne compagne Sonia Mejri.

Au total, le parquet national antiterroriste (Pnat) a actuellement 11 procédures liées aux crimes contre les Yazidis, un sujet qui continue de susciter une attention croissante dans le contexte des luttes contre le terrorisme.