Dans une interview accordée à l’AFP, Joseph Stiglitz, ancien économiste en chef de la Banque mondiale et lauréat du prix Nobel d’économie, a exprimé des préoccupations majeures concernant l’économie américaine. Selon lui, les États-Unis sont confrontés à un risque de stagflation « assez élevé », exacerbée par les tensions croissantes au Moyen-Orient.
EN BREF
- Joseph Stiglitz avertit sur le risque de stagflation aux États-Unis.
- Le conflit au Moyen-Orient complique la situation économique déjà fragile.
- Des indicateurs préoccupants montrent une stagnation de la croissance et une hausse du chômage.
Le conflit débuté le 28 février, marqué par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, a plongé l’économie américaine dans une situation précaire, déjà proche de la stagflation. Stiglitz souligne que cette guerre a été un facteur déterminant pour faire basculer l’économie dans une crise plus profonde.
Le détroit d’Ormuz, une voie de passage stratégique pour le pétrole, a été quasiment paralysé, entraînant une flambée des prix du pétrole de 40 à 50 %. Ce blocage a des conséquences directes sur le système commercial mondial, déjà affaibli par les politiques douanières de l’ancien président Donald Trump et les perturbations des chaînes d’approvisionnement liées à la pandémie de Covid-19 et à la guerre en Ukraine.
Stiglitz rappelle que les États-Unis sont particulièrement vulnérables, tout comme ils l’étaient lors des chocs pétroliers des années 1970. Il évoque une série d’indicateurs inquiétants, tels que la stagnation prévue de la population active en 2025 et l’augmentation du chômage observée récemment.
Bien que l’économie américaine affiche encore une croissance positive, elle est déséquilibrée. Environ un tiers de cette croissance provient de la création de centres de données pour l’intelligence artificielle, ce qui souligne une dépendance croissante à un secteur spécifique. Le marché boursier, quant à lui, se porte bien, dominé par les entreprises technologiques, mais ce n’est pas le reflet de la santé économique générale.
Joseph Stiglitz souligne que la situation est moins alarmante pour d’autres régions, comme l’Europe, qui pourrait bénéficier d’une stimulation de la croissance grâce à l’augmentation de ses dépenses de défense. Les tensions internationales ont incité les pays européens à revoir leur stratégie de sécurité, notamment face à la perception que les États-Unis pourraient ne plus être un partenaire fiable.
La politique protectionniste de Donald Trump a également des répercussions sur l’inflation aux États-Unis. Alors que l’on pourrait s’attendre à une appréciation du dollar en raison des droits de douane, Stiglitz observe que le dollar s’est en réalité affaibli. Cette faiblesse entraîne une augmentation des coûts des importations, aggravant ainsi la situation inflationniste.
Le conflit au Moyen-Orient, couplé à une inflation galopante et à l’incertitude économique, crée un climat difficile pour les entreprises et les ménages. Les acteurs économiques ne savent pas à quoi s’attendre en termes de prix, de droits de douane, ou de la durée de ce conflit, ce qui entrave leurs capacités d’investissement.
En somme, le constat de Joseph Stiglitz est clair : sans des changements significatifs, les États-Unis risquent de se retrouver dans une spirale de stagflation qui pourrait avoir des conséquences durables sur leur économie.