Shein et Temu : stratégies pour contourner la nouvelle taxe sur les petits colis en France

Les plateformes d’e-commerce chinoises, Shein et Temu, continuent d’attirer l’attention. Cela fait plus de 15 jours que la taxe sur les petits colis, introduite dans le cadre de la loi de finances pour 2026, est entrée en vigueur en France. Cette mesure impose un montant de deux euros par catégorie d’article pour les colis d’une valeur inférieure à 150 euros, en provenance de pays hors de l’Union européenne.

EN BREF

  • Shein et Temu contournent la taxe sur les petits colis en redirigeant leurs livraisons.
  • La taxe vise à lutter contre la concurrence déloyale des plateformes chinoises.
  • Des conséquences déjà visibles sur l’emploi à l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle.

Le gouvernement souhaite ainsi lutter contre la concurrence déloyale que ces plateformes représentent pour les commerçants européens. Il espère récolter 500 millions d’euros pour financer le renforcement des contrôles des colis. Cependant, il semble que Shein et Temu aient déjà trouvé une solution pour éviter cette taxe.

Pour que les taxes douanières soient applicables, les marchandises doivent arriver directement en France depuis un pays non européen. Ce détail, bien que mineur, est devenu une faille exploitée par ces entreprises. Au lieu de livrer directement en France, elles redirigent leurs envois vers d’autres pays européens, comme la Belgique ou les Pays-Bas. Par exemple, des avions-cargos sont désormais détournés vers l’aéroport de Liège en Belgique, d’où les marchandises sont ensuite acheminées par camion jusqu’en France.

Philippe de Crécy, président de TLF Overseas, a confirmé que CMA CGM Air Cargo avait modifié ses routes de vol, évitant ainsi la taxe sur les petits colis. Cette stratégie a déjà des répercussions visibles : l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle a enregistré une diminution significative de son activité, avec une baisse d’une cinquantaine de vols de fret par semaine, selon Aéroports de Paris.

Les conséquences de cette situation pourraient être dramatiques pour l’emploi. Fabrice Pauquet, directeur de XCR Airport, a exprimé ses préoccupations concernant les pertes potentielles d’emplois dans le secteur. La chute du volume de petits colis déclarés aux douanes à Roissy est également alarmante, avec une diminution de près de 92 % observée dès le 3 mars.

Pour Shein, il apparaît plus avantageux de payer des frais de transport élevés plutôt que de s’acquitter de la taxe de 2 euros. Cela soulève des questions concernant la sécurité des marchandises, puisque l’entreprise cherche à éviter tout contrôle douanier. Le président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, Yann Rivoallan, a souligné que la majorité des produits envoyés par Shein sont souvent hors normes et potentiellement dangereux.

L’Italie a déjà connu une situation similaire après avoir introduit une taxe sur les petits colis. Depuis l’entrée en vigueur de cette mesure, une trentaine de vols à destination de Milan ont été détournés vers d’autres pays européens. Les douanes italiennes ont rapporté une baisse de 36 % du nombre de colis de faible valeur importés en janvier, par rapport à l’année précédente.

Malgré ces défis, le ministre du Commerce a affirmé que la taxe avait freiné la croissance de ces plateformes. En Italie, Shein aurait enregistré une baisse de 30 % de son chiffre d’affaires. À partir de novembre prochain, la taxe sera élargie à l’ensemble de l’Europe, accompagnée de droits de douane européens de 3 euros.

Shein a anticipé cette situation en ouvrant un vaste entrepôt de 740 000 m² en Pologne en décembre, permettant ainsi de livrer ses produits stockés sur le sol européen sans payer la taxe. Cette option est déjà visible sur leur site sous la mention « entrepôt local ». Bien que cela puisse allonger les délais de livraison, les clients peuvent bénéficier de tarifs différents, entre les livraisons par avion et celles par camion.

Olivier Dauvers a critiqué cette situation, soulignant que, malgré la taxe, il semble qu’elle ne serve qu’à donner une illusion d’action des ministres. Pour lui, l’essentiel est d’informer les consommateurs sur ces dynamiques de marché. De son côté, Yann Rivoallan a plaidé en faveur d’une loi contre la fast fashion, espérant que cela mettra fin aux pratiques de ces plateformes.