Évasion spectaculaire d’Ilyas Kherbouch : des complices déguisés en policiers

Le 7 mars dernier, l’évasion d’Ilyas Kherbouch, détenu de 20 ans connu pour des faits de vols aggravés, a suscité l’incrédulité au sein de la maison d’arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis). Le jeune homme, surnommé « Ganito », s’est échappé avec l’aide de complices habillés en faux policiers. Ce scénario minutieusement orchestré a été réalisé en moins de trente minutes, sans que les agents pénitentiaires ne soupçonnent quoi que ce soit.

EN BREF

  • Ilyas Kherbouch s’est évadé de la maison d’arrêt de Villepinte avec des complices déguisés en policiers.
  • Les fausses procédures ont trompé les agents, facilitant l’évasion.
  • Deux complices ont été interpellés, tandis que Kherbouch reste en fuite.

Wilfried Fonck, secrétaire national de l’UFAP UNSa-Justice, a déclaré : « Ils ont tout pensé, tout a été réfléchi dans les moindres détails. » L’évasion a été rendue possible grâce à une exécution impeccable du plan par les complices, qui se sont présentés à la maison d’arrêt avec un mandat d’amener falsifié. Ce document, bien que contrefait, était suffisamment crédible pour passer inaperçu.

Ilyas Kherbouch, incarcéré pour purger plusieurs peines, avait été placé en détention provisoire dans le cadre d’enquêtes supplémentaires. À 20 ans, son casier judiciaire est déjà chargé, avec des condamnations pour séquestration et cambriolage. Sa libération était prévue pour 2035, mais son évasion remet en question la sécurité des établissements pénitentiaires.

A peine après 16 heures, les complices se sont présentés à l’entrée de la prison. Tandis qu’un homme restait au volant d’un véhicule, les deux autres se sont introduits dans l’établissement, revêtus de brassards de police. Fabrice Sereault-Gobet, secrétaire local de Force ouvrière-Justice, a expliqué que leur tenue était conforme aux pratiques habituelles, ce qui a contribué à la confusion des agents pénitentiaires.

Le faux mandat d’amener, qui stipulait que Kherbouch devait être conduit au commissariat de Melun, a été présenté aux gardiens. Les agents, ayant connaissance d’une extraction prévue la veille, ont été dupés et ont permis l’évasion. « Tout a été fait dans les règles de l’art : les agents ne se sont pas posé de questions », a observé Sereault-Gobet.

Cette manœuvre a également profité d’un contexte de sous-effectif chronique à la maison d’arrêt de Villepinte, où un service de greffe pénitentiaire n’est pas opérationnel le week-end. Cela a permis aux complices de profiter d’une organisation déjà fragilisée. Wilfried Fonck a souligné que « la manœuvre a été grandement facilitée par cette absence ».

Après l’évasion, les complices ont pris la fuite sans éveiller les soupçons jusqu’à ce qu’ils soient contrôlés sur un parking à Paris. Les agents de la BAC ont interpellé deux hommes, découvrant dans leur véhicule un arsenal de faux documents, y compris le faux mandat d’extraction de Kherbouch.

Les deux individus, un majeur et un mineur, ont été présentés au parquet. L’un d’eux est suspecté d’avoir joué le rôle d’un faux policier, tandis que le second pourrait avoir contribué à la logistique de l’évasion. Une troisième personne, une femme, est également recherchée par les autorités.

Wilfried Fonck a exprimé le choc des agents pénitentiaires face à cette évasion, qualifiée d’humiliation. « Ils sont très affectés par la situation », a-t-il déclaré. Yoan Karar, son collègue, a ajouté que la profession faisait face à un système archaïque, où la falsification de documents est aisée.

Cette affaire rappelle d’autres incidents, comme le drame d’Incarville en 2024, où des agents pénitentiaires ont été tués lors d’une tentative d’évasion. L’enquête pénale concernant Ilyas Kherbouch a été confiée à l’Office central de lutte contre le crime organisé, tandis qu’une enquête interne a été lancée pour analyser les défaillances de sécurité qui ont permis cette évasion.

La situation soulève des questions sur la sécurité des établissements pénitentiaires en France et sur les mesures à adopter pour éviter de tels incidents à l’avenir. Le ministre de la Justice a également saisi l’Inspection générale de la justice pour examiner les circonstances entourant cette évasion.