Des centaines de Syriens ont exprimé leur mécontentement dimanche dernier à Damas, s’opposant aux restrictions imposées par les nouvelles autorités islamistes sur la vente d’alcool. Cette décision, qui limite la vente à trois quartiers chrétiens de la capitale, a mobilisé la société civile en faveur des libertés individuelles.
EN BREF
- Des manifestations ont eu lieu à Damas contre l’interdiction de l’alcool dans certains quartiers.
- Les nouvelles autorités islamistes restreignent la vente d’alcool à trois quartiers chrétiens.
- Les manifestants dénoncent une atteinte aux libertés individuelles et à la vie économique.
Le rassemblement a eu lieu dans le quartier historique de Bab Touma, où les participants ont déployé des banderoles affirmant que « les libertés individuelles sont une ligne rouge ». Accompagnés d’un important dispositif policier, les manifestants ont clamé leur opposition à des mesures qu’ils jugent liberticides.
Le gouvernorat de Damas a annoncé le 17 mars une réglementation interdisant la vente d’alcool dans les bars, restaurants et boîtes de nuit, ne permettant sa vente que dans certaines zones. Les établissements concernés disposent de trois mois pour se conformer à cette nouvelle directive.
Rami Koussa, un scénariste de télévision de 37 ans, a exprimé ses doutes quant aux intentions des autorités. « Est-ce un test pour voir jusqu’où elles peuvent aller dans la restriction des libertés publiques ? », s’interroge-t-il. Pour lui, de telles décisions ne passeront pas inaperçues.
Hanan Assi, une professeure de 60 ans, a souligné que la population syrienne est confrontée à des problèmes bien plus graves, tels que la pauvreté et la situation des déplacés. « Ces sujets sont mis de côté au profit de mesures qui ne touchent pas aux véritables besoins des citoyens », a-t-elle déploré.
Cette décision a rapidement suscité une onde de choc sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes ont exprimé leur indignation. Depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, les nouvelles autorités ont déjà imposé des restrictions, notamment sur le port de maillots couvrants sur les plages publiques.
Malke Mardinali, comédien de 31 ans, a relevé que de telles décisions ne font que renforcer l’opposition contre le régime. « Ces mesures rassemblent de plus en plus de gens contre elles », a-t-il déclaré en marge de la manifestation.
Une autre manifestante, Mirella Abou Shanab, a ajouté que la décision des autorités prive de nombreux Syriens de leurs moyens de subsistance. « C’est une question de liberté individuelle ; ceux qui souhaitent boire de l’alcool devraient pouvoir le faire sans contrainte », a-t-elle insisté.
Le gouvernorat a justifié sa décision par des plaintes de riverains et son souhait de « préserver les bonnes mœurs ». Malgré le tollé, il a maintenu sa position tout en indiquant qu’il pourrait envisager des exemptions pour les établissements « à caractère touristique ».
Le nouveau gouvernement syrien, bien qu’assurant vouloir protéger les minorités, fait face à des craintes croissantes, notamment parmi les chrétiens, suite à des événements tragiques comme l’attentat-suicide d’une église en juin dernier, qui a fait 25 victimes.
La ministre des Affaires sociales, Hind Kabawat, seule chrétienne du gouvernement, a exprimé une critique implicite de cette décision, qualifiant potentiellement cette réglementation de stigmatisante pour les populations chrétiennes. « Les chrétiens de Syrie sont ses habitants originels », a-t-elle rappelé dans un message sur Facebook, insistant sur la nécessité de préserver l’harmonie et la coexistence dans la société syrienne.
Face à ces événements, la situation à Damas reste tendue. Les autorités doivent naviguer entre la gestion des demandes de la population et la volonté de maintenir un certain ordre moral, tout en tenant compte des conséquences économiques et sociales de leurs décisions.