Prix du carburant : décryptage des taxes et coûts derrière la flambée actuelle

La hausse des prix du carburant est devenue une préoccupation majeure pour de nombreux automobilistes depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février dernier. Face à cette situation, l’association 40 millions d’automobilistes a lancé, le 19 mars, une initiative nommée « opération transparence » en collaboration avec la Fédération nationale de l’automobile (FNA).

EN BREF

  • 40 millions d’automobilistes et la FNA lancent l’initiative « opération transparence ».
  • Les taxes représentent près de 59% du prix d’un litre de carburant.
  • Appels à un débat national sur la fiscalité des carburants et à des aides pour les stations-service.

Cette opération vise à informer les consommateurs sur la structure des prix à la pompe. Près de 2 500 stations-service indépendantes du réseau de la FNA affichent désormais une fiche pédagogique qui explique le détail du prix d’un litre de carburant. Cela permet de mettre en lumière la réalité économique derrière les coûts affichés.

Les stations-service ne sont pas responsables de la flambée des prix, insistent les associations. Mais alors, comment se décompose réellement le prix du carburant ? Pour un litre d’essence vendu environ deux euros, la majeure partie du prix provient des taxes et contributions, qui s’élèvent à près de 1,17 euro pour l’essence et 1,09 euro pour le diesel, représentant ainsi 59% du coût total.

Les taxes comprennent :

  • l’accise sur les produits pétroliers (0,69 centimes),
  • la TVA à 20% (0,333 centimes),
  • les certificats d’économie d’énergie (CEE) (0,15 centimes).

Les stations-service sont en effet incitées à participer à des projets de rénovation énergétique, ce qui leur permet d’obtenir des CEE, des certificats qui attestent leur engagement envers la transition énergétique.

En 2023, les taxes sur le carburant ont rapporté à l’État 31,8 milliards d’euros. Ces impôts sont en partie justifiés par la nécessité de lutter contre la pollution et de réduire la consommation de carburants fossiles.

Ensuite, le coût de la matière première se situe en deuxième position dans la structure des coûts, avec un prix de 0,70 centimes pour l’essence et 0,78 centimes pour le diesel, soit 35% du prix final. Enfin, les frais de transport (0,06 euro) et la marge des stations-service (0,067 euro) ne représentent qu’environ 3% du prix.

Ces chiffres sont similaires à ceux fournis par l’Union française des industries du pétrole (Ufip) pour la semaine du 13 mars, qui a établi que le coût de la matière première est à l’origine de 32% du prix du litre, tandis que les taxes constituent 53% du coût pour le sans-plomb 95-E10.

La FNA souligne que la marge des stations-service indépendantes est extrêmement limitée. Les distributeurs ne profitent pas de l’augmentation des prix, mais en subissent plutôt les conséquences. Les associations de consommateurs réclament l’ouverture d’un débat national concernant la fiscalité sur les carburants, comme cela avait été le cas lors de la crise des gilets jaunes en 2018 et la guerre en Ukraine.

Selon 40 millions d’automobilistes, « la mobilité ne doit pas devenir un luxe », car elle est essentielle pour des millions de Français. Ils plaident pour une réduction de la pression fiscale sur les carburants, ce qui permettrait de soulager le budget des ménages tout en redynamisant l’économie nationale.

En parallèle, l’association propose une loi qui rendrait obligatoire le détail des taxes sur le ticket de carburant, la TVA étant déjà précisée sur toutes les factures. La FNA appelle également à la mise en place d’aides en période de crise, un encadrement des pratiques concurrentielles de la grande distribution et la création d’un fonds de soutien pour les stations-service rurales et périurbaines.

Il est à noter que certains pays, tels que l’Italie, la Serbie, le Portugal, l’Espagne et l’Autriche, ont déjà mis en œuvre des baisses de taxes sur le carburant. Néanmoins, le gouvernement français, qui avait subventionné les prix à la pompe lors de la précédente hausse des prix en 2022, semble moins enclin à rééditer cette approche cette fois-ci.