Un rapport récemment publié par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) jette une lumière inquiétante sur la situation des patients hospitalisés en psychiatrie au pôle de Melun, en Seine-et-Marne. Les conclusions soulignent des « graves atteintes aux droits » des patients, faisant état d’un nombre de décès « anormalement élevé » ainsi que de pratiques inappropriées dans la prise en charge des soins.
EN BREF
- Le pôle psychiatrique de Melun en état d’alerte, avec des décès anormaux.
- Pratiques de soins inadaptées et absence de traçabilité médicale.
- Réponses de l’hôpital soulignant des progrès, mais signalant des manques de ressources.
Le CGLPL a publié ce rapport le 24 mars, après une inspection minutieuse du pôle psychiatrique qui compte 88 lits. Entre le 1er janvier 2024 et le 1er août 2025, sept décès de patients ont été enregistrés, dont cinq sans consentement à l’hospitalisation. Notamment, aucun de ces décès n’est attribuable à des suicides, mais l’absence d’un suivi médical rigoureux est pointée du doigt.
Le rapport met en avant des manquements graves dans la prise en charge des patients, notamment ceux souffrant d’affections non-psychiatriques. À cet égard, il est mentionné le cas d’une patiente dont l’apnée du sommeil n’a pas été correctement documentée dans son dossier médical, étant seulement communiquée de manière orale entre soignants. Un autre cas illustre l’absence d’alerte face à des signes vitaux préoccupants, tels qu’une hypotension artérielle.
Les modalités de surveillance des patients isolés ou placés sous contention sont également jugées insuffisantes, avec une traçabilité parfois inexistante. Le rapport souligne que des mineurs sont hospitalisés dans des unités pour adultes, contrariant ainsi la réglementation. En outre, des mesures d’isolement et de contention sont appliquées à des mineurs hospitalisés en soins libres, en violation de la loi.
Le CGLPL estime que l’établissement dispose d’un nombre excessif de chambres d’isolement, avec un ratio de 14 chambres pour 88 places, ce qui est jugé « rarement observé » ailleurs en France. Il appelle à une réforme immédiate des pratiques d’isolement, qui sont souvent abusives.
La direction de l’établissement a réagi en mettant en avant les « nombreux progrès » réalisés depuis la dernière visite du CGLPL en mai 2022. Selon leur communiqué, des efforts ont été déployés pour réduire le recours aux mesures d’isolement et de contention, et un registre unique de ces mesures a été instauré. L’hôpital assure que les mineurs ne sont plus placés en chambre d’isolement, et un protocole d’admission pour les adolescents a été finalisé pour 2026.
Cependant, l’hôpital de Melun souligne aussi les défis persistants, notamment le faible nombre de pédopsychiatres dans la région et l’absence d’unités d’hospitalisation adaptées pour les enfants et adolescents, en particulier ceux présentant des idées suicidaires. « La mobilisation sur le sujet doit pouvoir être envisagée de façon plus globale », conclut le communiqué, appelant à une action concertée avec le gouvernement.
Ce rapport et les réponses apportées par l’hôpital soulèvent des questions essentielles sur la qualité des soins en psychiatrie et le respect des droits des patients. À l’heure où la santé mentale est plus que jamais au centre des préoccupations sociétales, il est impératif que des mesures concrètes soient mises en place pour garantir la dignité et le bien-être des personnes hospitalisées.