Depuis quelques années, l’intelligence artificielle (IA) s’implante progressivement dans le monde du travail, suscitant des craintes quant à ses effets sur l’emploi. Si, pour l’instant, la destruction massive de postes n’est pas encore d’actualité, certains secteurs commencent déjà à ressentir les conséquences. Des experts mettent en garde sur les risques futurs, notamment pour les jeunes chercheurs d’emploi.
EN BREF
- Des effets déjà visibles sur l’emploi des jeunes dans certains secteurs.
- Une diminution significative des recrutements dans des domaines clés.
- Des prévisions inquiétantes concernant l’automatisation de millions d’emplois d’ici quelques années.
Les premiers impacts de l’intelligence artificielle se font sentir depuis 2024, comme en témoigne Silke Trontin, une ancienne traductrice qui a récemment changé de métier pour devenir assistante de direction dans la biotech Neurofit, à Illkirch-Graffenstaden, près de Strasbourg. Selon elle, les clients ont commencé à se tourner vers l’IA, préférant des solutions plus rapides et moins coûteuses. Elle a vu son revenu diminuer d’un tiers en raison de ce changement.
À l’échelle macro-économique, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié une note de conjoncture le 19 mars, révélant que l’emploi salarié des jeunes de 15 à 29 ans a chuté de 7,4 % dans les activités informatiques, de 5,8 % dans l’édition et de 3,7 % dans les conseils en gestion au quatrième trimestre 2025. Pendant ce temps, l’emploi salarié privé dans l’ensemble du secteur marchand non agricole a baissé de seulement 0,7 %.
Selon l’Insee, ces résultats indiquent que l’adaptation de l’emploi à l’IA se traduit principalement par un ralentissement des recrutements pour les postes de début de carrière, plutôt que par une contraction généralisée. Des études, comme celle d’Oxford Economics, affirment qu’un avenir de destruction massive d’emplois par l’IA est peu probable et que, au contraire, cette technologie pourrait augmenter la productivité en aidant les travailleurs à mieux accomplir leurs tâches.
Actuellement, l’IA semble soutenir la croissance mondiale en favorisant l’investissement dans la recherche et le développement, ainsi que dans les centres de données. Cependant, ces investissements sont largement concentrés aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en Chine. Les experts s’accordent à dire que le développement de l’IA n’en est qu’à ses débuts, et que ses effets économiques les plus significatifs sont encore à venir.
Dans un avenir proche, les agents conversationnels d’IA pourraient évoluer pour exécuter des tâches de manière autonome, telles que la gestion des chaînes d’approvisionnement ou l’évaluation des risques financiers. Cette évolution devrait avoir un impact disproportionné sur les emplois s’appuyant principalement sur des tâches cognitives, plutôt que sur des tâches manuelles et non routinières.
Axelle Arquié, économiste et cofondatrice de l’Observatoire des métiers menacés et émergents, souligne qu’un emploi sur six, soit environ 5 millions d’emplois en France, pourrait être automatisable d’ici trois à quatre ans. Les secteurs les plus exposés incluent le droit, la finance et l’informatique, touchant particulièrement les travailleurs ayant des revenus élevés et des formations longues.
Les conséquences de cette automatisation pourraient être dramatiques, même si certaines créations d’emplois pourraient compenser partiellement ces pertes. Une diminution des emplois bien rémunérés pourrait affecter les finances publiques en réduisant les recettes fiscales et mettre en péril le système de sécurité sociale.
Les débats sur l’impact de l’IA sur le marché du travail sont donc loin d’être clos. Les enjeux sont importants, non seulement pour les jeunes en quête d’emplois, mais également pour l’ensemble de la société. Quelles mesures seront prises pour anticiper et atténuer ces effets ? L’avenir reste incertain.