Depuis prĂšs d’un mois, la guerre au Moyen-Orient a engendrĂ© une forte hausse des prix de l’Ă©nergie, affectant particuliĂšrement le pĂ©trole, dont le cours a grimpĂ© de plus de 40%. Cette flambĂ©e se traduit par des prix Ă la pompe en France atteignant en moyenne 2,147 euros le litre pour le diesel et 1,989 euro pour l’essence, selon les donnĂ©es de Carbu.com.
EN BREF
- La guerre au Moyen-Orient a provoqué une hausse de 40% des prix du pétrole.
- Le gouvernement français demande aux raffineries d’augmenter leur production.
- L’impact sur les prix Ă la pompe devrait ĂȘtre trĂšs limitĂ©.
Face Ă cette situation, les pays europĂ©ens mettent en place diverses mesures. Par exemple, l’Espagne a rĂ©duit la TVA sur les carburants de 21% Ă 10%, la GrĂšce subventionne les achats de carburant, et la Croatie a plafonnĂ© les prix. En revanche, le gouvernement français reste rĂ©ticent Ă modifier la fiscalitĂ© des carburants, qui reprĂ©sente entre 50 et 55% du prix Ă la pompe.
Le 23 mars, le gouvernement a annoncĂ© une demande aux raffineries françaises afin d’Ă©valuer la possibilitĂ© d’une augmentation rapide et temporaire de leur production en produits raffinĂ©s. L’objectif est de « rĂ©duire les tensions sur les marchĂ©s de carburant europĂ©ens » et « renforcer la rĂ©silience de la France ». Cependant, cette approche diffĂšre sensiblement de celles adoptĂ©es par d’autres pays europĂ©ens et son effet sur le prix final des carburants est complexe Ă Ă©valuer.
Actuellement, les raffineries françaises fonctionnent dĂ©jĂ quasiment Ă plein rĂ©gime. La France compte sept raffineries en activitĂ©, dont six en mĂ©tropole et une en Martinique, avec une capacitĂ© totale de raffinage d’environ 58 millions de tonnes de pĂ©trole brut par an, selon les donnĂ©es de Conaissances des Ă©nergies. Ce chiffre est en forte baisse par rapport Ă 2009, oĂč la capacitĂ© Ă©tait de 98 millions de tonnes, en raison de la fermeture de plusieurs raffineries, dont celle de Grandpuits en 2021.
Pour illustrer cette saturation, TotalEnergies, qui gĂšre trois des raffineries françaises, a dĂ©clarĂ© Ă l’AFP que son appareil de production est dĂ©jà « au maximum » de sa capacitĂ©. Cela signifie que la demande gouvernementale n’entraĂźnerait pas une augmentation significative de la production.
MalgrĂ© ces limitations, une raffinerie, celle de Gravenchon en Normandie, a rĂ©pondu Ă l’appel du gouvernement. Elle reprĂ©sente 21% de la capacitĂ© totale de raffinage en France mĂ©tropolitaine. North Atlantic, le groupe propriĂ©taire de cette raffinerie, a indiquĂ© qu’il pourrait augmenter sa capacitĂ© de production de 10%. Cependant, cette capacitĂ© est dĂ©jĂ restreinte, car plusieurs unitĂ©s de la raffinerie sont fermĂ©es pour maintenance.
En consĂ©quence, l’augmentation de la production de Gravenchon, bien que symbolique, pourrait se traduire par un surplus de 12.000 tonnes de kĂ©rosĂšne et 15.000 tonnes de gazole par mois. Cela reste marginal comparĂ© aux 58 millions de tonnes de produits raffinĂ©s annuellement en France.
En dĂ©finitive, l’impact sur les prix des carburants semble limitĂ©, et il est peu probable que les consommateurs constatent une baisse significative des prix Ă la pompe. L’administration reconnait d’ailleurs que ces mesures ne devraient pas influencer sensiblement les prix.
Alors, quelle est la vĂ©ritable intention du gouvernement derriĂšre cette demande d’augmentation de la production ? Les efforts de la raffinerie de Gravenchon se concentreront sur le diesel et le kĂ©rosĂšne, deux carburants actuellement en forte tension. Historiquement, les raffineries françaises sont davantage configurĂ©es pour produire de l’essence, et une lĂ©gĂšre augmentation de la production de diesel et de kĂ©rosĂšne pourrait contribuer Ă attĂ©nuer la pression sur les prix et Ă calmer la spĂ©culation.
Bien que cette surproduction soit temporaire et limitĂ©e, elle pourrait, Ă court terme, contribuer Ă stabiliser les prix, mĂȘme si le consommateur pourrait ne pas en ressentir les effets immĂ©diats.