Deux mois après les tragiques meurtres de Renee Good et Alex Pretti, la situation au sein de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) continue d’évoluer. Bien que l’agence ait été moins visible dans l’espace public, ses méthodes de travail ont changé, notamment dans les aéroports américains, où des agents de l’ICE ont été déployés pour faire face à une crise de personnel de la Transportation Security Administration (TSA).
EN BREF
- Les agents de l’ICE sont déployés dans les aéroports pour soutenir la TSA en période de crise.
- Les mesures de sécurité actuelles soulèvent des inquiétudes concernant des arrestations abusives d’immigrants.
- Les opérations de l’ICE se concentrent désormais sur des interventions discrètes et ciblées.
Depuis l’annonce de Donald Trump, qui a évoqué le besoin d’envoyer les agents de l’ICE pour prêter main-forte dans les aéroports, la situation s’est intensifiée. Le 21 mars, il a déclaré : « Je vais déployer nos brillants et patriotes agents ICE aux aéroports où ils s’occuperont de la sécurité. Y compris l’arrestation immédiate de tous les immigrants illégaux entrés dans notre pays. » Deux jours plus tard, les agents de l’ICE étaient présents, mais leur rôle semblait flou. Bien qu’ils soient équipés de gilets indiquant leur affiliation, ils n’étaient pas censés mener des contrôles d’identité.
Les représentants des droits humains se sont rapidement inquiétés de ces déploiements. Adam Stahl, administrateur adjoint par intérim de la TSA, a déclaré sur Fox News : « Nous sommes reconnaissants du soutien de l’ICE. Ils vont assurer un soutien en matière de sécurité non spécialisé – surveillance des sorties, gestion des foules, contrôle des files d’attente. » Cependant, des experts comme Everett Kelley, président de l’AFGE, ont mis en garde contre la présence d’agents non formés aux points de contrôle de sécurité.
Des voyageurs, interrogés dans plusieurs aéroports, ont exprimé leur scepticisme quant à l’efficacité de cette mesure. Selon Nelson Santiago, un passager à l’aéroport international Luis Muñoz Marín de San Juan, « ils ne font absolument rien. » D’autres voyageurs à Las Vegas ont également témoigné d’une présence inutile, soulignant que les agents de l’ICE ne trouvaient pas d’immigrants en situation irrégulière. À Houston, un agent a admis que leur présence ne facilitait pas le passage en sécurité, avec des temps d’attente atteignant jusqu’à neuf heures.
Malgré la présence des agents de l’ICE, les délais d’attente restent préoccupants. À Porto Rico, une file d’attente de trois heures s’est formée après leur arrivée. La situation ne pourra être normalisée qu’avec le retour des agents de la TSA, ce qui nécessite la résolution du « shutdown partiel » qui bloque les financements.
Ironiquement, le financement du département de la sécurité intérieure est gelé en raison de différends politiques entre démocrates et républicains. Les démocrates réclament des réformes des pratiques de l’ICE, notamment l’utilisation de caméras corporelles et l’interdiction du port de masques.
Parallèlement, les méthodes d’intervention de l’ICE ont évolué depuis janvier. Les opérations massives et médiatisées ont laissé place à des arrestations ciblées, souvent à l’aube ou à la sortie des tribunaux de l’immigration. À Chicago et en Californie, des arrestations ont été signalées dans des contextes spécifiques, tandis qu’à New York, des interpellations ont eu lieu dans des immeubles résidentiels.
Des consignes internes ont été émises pour éviter les confrontations directes et minimiser les risques d’escalade. L’objectif est de maintenir les arrestations tout en évitant une nouvelle crise politique, semblable à celle de Minneapolis. Le budget de l’ICE, quant à lui, est en hausse, avec des investissements prévus pour les centres de rétention et une augmentation des capacités d’accueil.
La nomination du nouveau chef de la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, n’indique pas un changement de cap. Il a affirmé son intention de « faire respecter la loi fédérale sans exception » tout en promettant des moyens adéquats pour les agents. Certains observateurs estiment que malgré un discours plus mesuré, il s’agit d’une simple stratégie.
En somme, l’ICE continue d’opérer dans un environnement complexe, où les tensions politiques et les préoccupations en matière de droits humains se croisent. Les mois à venir seront décisifs pour l’agence et pour la gestion de l’immigration aux États-Unis.